Le bas de laine des Québécois désormais sans fumée

En décembre 2020, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) s’est libérée de tous les avoirs qu’elle détenait dans l’industrie du tabac.  Sa décision se rallie à un mouvement mondial de désinvestissement de cette industrie qui, rappelons-le, tue chaque année un peu plus de 13 000 Québécois.

Cédant aux pressions des groupes de santé, la CDPQ a décidé de se retirer de l’industrie du tabac ainsi que de celle du vapotage. La principale raison évoquée tombe sous le sens : le tabac et les produits de vapotage représentent un enjeu de santé publique ayant de lourdes conséquences sur l’environnement et la société.

En effet, le tabagisme endommage l’environnement, depuis sa culture jusqu’à sa consommation. Il a notamment un impact majeur sur la déforestation ainsi que sur la pollution de l’air, de l’eau et des sols. Les mégots de cigarettes représentent même la première source de déchets océaniques tandis que les produits de vapotage constituent des déchets électroniques.

Pour ce qui est des conséquences sur la société, rappelons que le tabac tue plus de 13 000 Québécois par année et qu’il est associé à un recours accru aux services de santé. Selon les chiffres cités par la Stratégie pour un Québec sans tabac 2020-2025, les coûts économiques liés au tabagisme s’élèvent annuellement à environ 2,5 G$! On arriverait assurément à une somme encore plus importante si la souffrance des gens atteints d’un cancer, d’une maladie cardiovasculaire ou d’une maladie respiratoire en raison du tabagisme pouvait se calculer en argent.

Mieux vaut tard que jamais… quoique plus tôt aurait mieux valu!

Les groupes de santé et de lutte contre le tabagisme applaudiront le désinvestissement de la CDPQ des industries du tabac et du vapotage. Ils militaient pour une telle décision depuis longtemps, invoquant les directives d’application de l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte antitabac, qui conseillent notamment aux gouvernements de ne pas investir dans les compagnies de tabac. En 2006, le Québec s’est même lié à cette convention par décret. N’était-il donc pas contradictoire, dès lors, que le gouvernement québécois tente d’améliorer la santé de la population par des initiatives de réduction du tabagisme, d’un côté, tout en investissant dans l’industrie du tabac, de l’autre?

Certes, depuis quelques années, la CDPQ réduisait ses « investissements tabagiques ». Par exemple, en 2012, leur valeur totale s’élevait à 538 M$ (soit 0,3 % de ses avoirs). En revanche, elle ne représentait « plus que » 268 M$ en 2016 (soit 0,09 % de ses avoirs). La Caisse justifiait alors ces investissements en vantant leur rentabilité. Une rentabilité relative, répliquait la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, puisqu’en investissant dans cette industrie, la CDPQ minait indirectement la santé de tous les Québécois.

Un bas de laine durable

Aujourd’hui, la Caisse explique le retrait de ses avoirs des industries du tabac et du vapotage en préconisant avoir opté pour l’investissement durable, c’est-à-dire un portefeuille visant la performance environnementale et sociale. Cette action a d’ailleurs permis à la Caisse de se joindre à la coalition Tobacco Free Portfolios, un organisme non gouvernemental qui incite les investisseurs de tous les pays à se désengager du tabac. Quelque 160 institutions financières réparties dans 21 pays soutiennent désormais l’initiative, en lien avec les objectifs de développement durable des Nations Unies. Parmi celles-ci, mentionnons le Mouvement Desjardins (2019) et le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (2018).

Malgré cela, des investisseurs canadiens continuent à « nourrir la bête » du tabac. C’est notamment le cas de l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada, de la British Columbia Investment Management Corporation et de la Saskatchewan Public Employees Benefits Agency. N’est-il pas temps que ces institutions changent leur fusil d’épaule, au moment même où toutes les provinces canadiennes poursuivent l’industrie du tabac afin de recouvrer les frais qu’elles ont engagés pour traiter les maladies attribuables au tabagisme?

Catherine Courchesne