Le cancer du poumon et un plan ambitieux pour transformer les soins
Décembre 2025 - No 177

Le cancer du poumon demeure la première cause de mortalité par cancer au Canada. En 2024, près de 21 000 décès lui étaient attribués, et environ 32 100 nouveaux cas ont été diagnostiqués, ce qui représentait 13 % de tous les cancers. Malgré des avancées notables en matière de dépistage, de diagnostic et de traitement, les taux de survie restent faibles, surtout en raison de diagnostics tardifs, car près de la moitié des cas sont identifiés au stade IV, au moment où les chances de survie à cinq ans sont inférieures à 10 %.
La Société canadienne du cancer (SCC), en collaboration avec de nombreux partenaires, a tout récemment lancé le Plan d’action pancanadien de lutte contre le cancer du poumon 2026-2035. Ce plan vise à réduire la mortalité par cancer du poumon de 30 % d’ici 2035.
Un Plan fondé sur la collaboration et l’équité
L’un des principes centraux du Plan est la réduction des iniquités. Les communautés mal desservies (les Premières Nations, les Inuits, les Métis, les personnes racisées et nouvellement arrivées ainsi que les populations défavorisées sur le plan socioéconomique) doivent affronter davantage d’obstacles à la prévention, au dépistage et à l’accès aux soins. La stigmatisation, souvent associée au tabagisme, aggrave ces iniquités et retarde l’accès aux traitements. Le Plan d’action insiste sur la nécessité de soins centrés sur la personne, adaptés à la culture et accessibles partout au pays.
« En mettant l’accent sur la réduction des risques, la détection précoce, un traitement efficace et une intensification de la recherche et de l’innovation, nous ferons mieux pour le Canada : nous transformerons l’avenir du cancer du poumon pour toutes et tous . »
– Société canadienne du cancer
Les quatre priorités stratégiques
Le Plan d’action repose sur quatre piliers, tous accompagnés de mesures concrètes.
- Réduire l’exposition aux substances inhalées carcinogènes telles les suivantes :
- Le tabac – renforcer la stratégie nationale de lutte contre le tabac, y compris la prévention, le soutien au sevrage et la réglementation des nouveaux produits.
- Le radon – accroître la sensibilisation et la mise en œuvre de politiques de dépistage et de réduction de ses impacts négatifs dans les habitations.
- La pollution atmosphérique – améliorer les normes de qualité de l’air et promouvoir des environnements plus sains.
- Les expositions professionnelles – augmenter la surveillance et la prévention des risques notamment liés aux substances cancérogènes.
- Détecter plus tôt le cancer du poumon grâce aux mesures suivantes :
- Une norme nationale de dépistage – établir des lignes directrices nationales ayant des critères d’admissibilités élargis pour l’admissibilité au dépistage par tomodensitométrie à faible dose.
- Un accès rehaussé – améliorer la capacité diagnostique et réduire les délais d’attente.
- La sensibilisation – renforcer les connaissances du public et la formation des spécialistes de la santé sur l’admissibilité au dépistage et sa disponibilité.
- L’innovation – intégrer des outils spécialisés et des méthodes novatrices pour accroître le dépistage et la capacité diagnostique.
- Améliorer l’accès à de meilleurs soins :
- Des traitements novateurs – recourir notamment à des thérapies ciblées, à l’immunothérapie et aux radiothérapies de précision.
- Des soins centrés sur les patients et patientes – renforcer l’implication des personnes intervenant dans des rôles pivots (les spécialistes de la santé appliquée et de l’accompagnement des patientes et patients atteints de cancer) et celui des équipes multidisciplinaires.
- L’amélioration continue des soins contre le cancer du poumon – surveiller l’accès aux soins pour cerner et corriger les lacunes.
- Accélérer la recherche sur le cancer du poumon
- Un financement accru – accroître les investissements dans la recherche fondamentale, clinique et translationnelle.
- Des essais cliniques – rehausser les capacités et intensifier les investissements dédiés aux essais cliniques portant sur les innovations en matière de prévention, de dépistage et de traitement du cancer du poumon.
- Des priorités nationales – définir des axes stratégiques, incluant la prévention, la détection précoce et les traitements personnalisés.
- Une collaboration intersectorielle – favoriser les partenariats entre la recherche, la pratique clinique, les patients et patientes, l’industrie et les secteurs publics.
- Une innovation accélérée – soutenir l’intégration des découvertes dans la pratique clinique afin que les personnes atteintes puissent profiter plus rapidement des avancées scientifiques.
Les engagements transversaux
En plus des quatre priorités, le Plan d’action pancanadien de lutte contre le cancer du poumon 2026-2035 repose sur trois engagements transversaux :
- Promouvoir l’équité en matière de santé – réduire les disparités pour ce qui est de l’accès et des résultats.
- Réduire la stigmatisation – combattre les préjugés liés au cancer du poumon, notamment l’idée qu’il s’agit uniquement d’une « maladie de personnes qui fument ou ont déjà fumé ».
- Assurer la mise en œuvre – garantir la faisabilité des mesures par une coordination nationale, un suivi rigoureux et une évaluation continue.
Vers une réduction de 30 % de la mortalité
L’objectif de réduire de 30 % la mortalité par cancer du poumon d’ici 2035 est ambitieux, mais réaliste. Les tendances actuelles sont encourageantes. Entre 2015 et 2020, le taux de la mortalité a diminué de 4 % par année, facteur lié à la baisse du taux de tabagisme et aux progrès cliniques. Afin de continuer cette progression, il faudra une mobilisation nationale, une coordination intersectorielle et l’engagement des spécialistes de la santé.
Le Plan d’action pancanadien de lutte contre le cancer du poumon 2026-2035 marque une étape importante dans la lutte contre la première cause de mortalité par cancer au pays. En se fondant sur la prévention, sur le dépistage précoce, sur l’accès équitable aux soins et sur l’accélération de la recherche, le Plan offre une vision claire et ambitieuse permettant de transformer l’avenir du cancer du poumon.
Pour les spécialistes de la santé, ce Plan est une invitation à participer activement à la transformation envisagée en adoptant les nouvelles normes de dépistage, en intégrant les innovations thérapeutiques, en soutenant les patients et patientes avec compassion, sans les stigmatiser, et, enfin, en contribuant à la recherche.
Ensemble, nous pouvons faire en sorte que, d’ici 2035, des milliers de vies soient sauvées et que le cancer du poumon cesse d’être une condamnation trop souvent inévitable. Rappelons que plus le cancer du poumon est détecté tôt, meilleures sont les chances de survie à cinq ans.
Caroline Normandin, Ph. D.



