Fumer avant la grossesse : des méfaits avérés

Arrêt tabagique et grossesse

Fumer pendant la grossesse est mauvais pour le développement du bébé : c’est prouvé. Mais qu’en est-il de la période périconceptionnelle (14 semaines avant et 10 semaines après la conception)? Serait-il préférable de cesser de fumer bien avant la conception du bébé?

Depuis plusieurs années, il est établi que fumer pendant la grossesse est nocif pour le développement du fœtus et entraîne de nombreuses complications. Cela dit, dans le contexte d’un événement majeur de la vie qui apporte souvent son lot d’anxiété, il n’est pas surprenant de constater qu’entre 20 et 30 % des femmes consomment des produits du tabac au cours de leur grossesse.

Pendant la grossesse, le tabagisme augmente notamment les risques :

  • d’avortement spontané;
  • de problèmes liés au placenta (p.ex. prævia, décollement);
  • d’accouchements prématurés;
  • de mortalité néonatale.

Pour le bébé, le tabagisme augmente les risques :

  • d’un poids inférieur à la moyenne;
  • d’une mort subite du nourrisson (18 %).

Il comporte également des conséquences à plus long terme chez les enfants. Chez ceux-ci, le tabagisme augmente les risques :

  • de troubles d’apprentissage;
  • de troubles du déficit de l’attention et d’hyperactivité;
  • d’asthme;
  • de dépendance (tabac, drogue, etc.).

De plus, il a été montré que les toxines associées au tabagisme affectent encore les enfants même cinq ans après leur naissance. C’est pourquoi l’arrêt tabagique est proposé aux femmes enceintes par l’entremise de plusieurs programmes d’arrêt tabagique.

Mais qu’en est-il de la consommation de produits du tabac avant la grossesse? C’est le cœur du sujet de l’étude Predict de Piertersman et coll. parue récemment dans la revue Human reproduction. L’étude Predict a été menée au département d’obstétrique et de gynécologie de l’Erasmus MC du University Medical Center aux Pays-Bas : un centre de recherche et un hôpital de soins tertiaires axé sur la préconception et les soins prénataux. Cette étude cherchait à identifier et à évaluer des facteurs périconceptionnels, c’est-à-dire, observables de 14 semaines avant la conception jusqu’à 10 semaines après celle-ci, pouvant être associés au bon développement de la grossesse ainsi qu’à la santé du bébé pour finalement étudier les processus biologiques qui y sont rattachés. Pour ce faire, 689 femmes enceintes, dont 96 consommatrices de tabac ont été recrutées. Le développement de leurs embryons a été observé par réalité virtuelle complémentée par échographies et finalement comparé aux stades de Carnegie, une charte de chronologie développementale de l’embryon allant jusqu’à la huitième semaine de grossesse. Différentes mesures prises à la naissance, dont la circonférence de la tête, la taille et le poids du bébé, viennent compléter les données recueillies. L’étude recueille des données très tôt sur le début et jusqu’à la fin de la grossesse.

20 et 30 % des femmes enceintes consomment des produits du tabac au cours de leur grossesse.

Cette étude a montré que fumer plus de dix cigarettes par jour avant la conception affectait le développement de l’embryon, du fœtus et du bébé par :

  • un retard de 0,9 jour dans le stade final de Carnegie;
  • un retard de 1 à 1,6 jour dans le développement embryonnaire;
  • une diminution du poids de 218 à 228 g à la naissance pour les filles et les garçons respectivement, comparativement aux bébés contrôles;
  • une diminution de la taille à la naissance : 36  % des bébés étaient d’une taille inférieure à celle du dixième percentile, comparativement à 12  % des bébés de l’échantillon contrôle.

En résumé, le tabagisme périconceptionnel de la mère a une incidence le développement embryonnaire. La croissance des embryons est ralentie par rapport à la norme, et ce de façon significativement plus importante durant le deuxième trimestre de grossesse. Les bébés seront donc plus petits et auront un poids inférieur à la moyenne, puisque le retard causé par la consommation de tabac avant la conception ne peut être récupéré au cours de la grossesse. De plus, les données observées montrent que le retard du développement morphologique du fœtus est proportionnel à la consommation de tabac, c’est-à-dire que plus le nombre de cigarettes fumées par jour est élevé, plus le retard du développement morphologique observé sera grand.

 

Selon cette même étude, il serait recommandé de cesser de fumer dès les premières intentions d’avoir des enfants pour diminuer les risques de complications pendant la grossesse et pour le bon développement de l’enfant à venir. Dans cette optique, plusieurs programmes d’arrêt tabagique spécifiquement conçus pour les femmes enceintes sont disponibles. Le service Ma grossesse, par exemple, est un programme complet disponible au Québec. Son objectif est de soutenir les femmes enceintes et les aider à obtenir un suivi médical, l’accès à divers services comme ceux de la fondation Olo, des trucs et astuces pour l’allaitement, et plus encore. Les femmes enceintes peuvent également obtenir du soutien pour entreprendre des démarches d’arrêt tabagique.

Il n’est jamais trop tard pour cesser de fumer ou de vapoter lors de la grossesse, que ce soit au premier ou au troisième trimestre. Les effets bénéfiques de l’arrêt tabagique s’observent quelques heures seulement après la dernière cigarette consommée !

Caroline Normandin