La (trop) lente diminution du tabagisme

La dernière Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de Statistique Canada montre que, si la tendance se maintient, le Canada risque de ne pas atteindre son objectif : un taux de tabagisme à moins de 5 % d’ici 2035.

L’usage du tabac diminue au Canada, mais lentement et inégalement selon les provinces. Ainsi, à moins que les gouvernements n’intensifient leurs stratégies, cette tendance laisser présager que le pays comptera encore plus de 5 % de personnes qui fument d’ici 15 ans.

Créée en 2001, l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) est l’une des plus vieilles enquêtes à sonder les Canadiens sur leur usage du tabac. C’est aussi l’une des plus représentatives, puisqu’elle est basée sur un échantillon de 65 000 personnes de 12 ans et plus. Ses données de 2019, publiées en août 2020, montrent que le pourcentage de Canadiens âgés de 12 ans et plus qui fument des cigarettes a diminué de manière statistiquement significative en un an, passant de 15 % à 14 %.

Des progrès inégaux selon les provinces

Cette baisse canadienne cache d’importantes disparités provinciales. Ainsi, l’Ontario est la seule province à afficher une diminution statistiquement significative de son taux de tabagisme, qui chute de 15 % à 13 %. Au Québec, la diminution est d’à peine 0,5 % (de 17,5 % à 17 %). Selon les projections réalisées par H. Kruger & Associates, une firme de consultation en soins de santé, les diminutions constatées dans les deux plus grosses provinces canadiennes ne suffiront pas pour qu’elles atteignent un taux de 5 % de personnes qui fument. À cela s’ajoutent les autres provinces, où la prévalence tabagique diminue de manière statistiquement non significative, quand elle n’accuse pas une légère hausse. En somme, il est sans doute prématuré de se féliciter de ce taux de tabagisme canadien historiquement bas.

La non-initiation plutôt que la cessation

Regardant plus loin que les chiffres, l’organisme Médecins pour un Canada sans fumée (MCSF) se questionne sur la cause de ces baisses. « Le taux de prévalence en lui-même ne nous dit pas pourquoi ces changements surviennent, écrit le groupe de santé ontarien. Il est trop facile de penser qu’il est attribuable à des fumeurs qui cessent de fumer, alors que d’autres facteurs populationnels pourraient être en jeu » (notre traduction).

En examinant le taux de tabagisme des 10 dernières années, MCSF identifie quelques-uns de ces facteurs populationnels. Les baisses constatées sont surtout dues à la génération née après 1997, qui a vu le jour après l’adoption des premières lois sur le tabac au Canada et dans les provinces. Cette cohorte qui n’a jamais aspiré de fumée de cigarette de sa vie a augmenté presque trois fois plus vite que le nombre de Canadiens qui se sont libérés du tabac.

L’effet limité des produits du vapotage

Ces faits laissent entendre que ce sont des lois plus sévères, dénormalisant l’usage du tabac, qui permettent de créer une société sans fumée. À l’inverse, les produits du vapotage – présents sur le marché canadien depuis une dizaine d’années – contribueraient visiblement peu à la cessation tabagique, d’un point de vue populationnel.

L’avenir nous dira si la ministre canadienne de la Santé poursuivra la dénormalisation des produits du tabac lorsqu’elle aura l’obligation, en mai 2021, de procéder à l’examen des dispositions et de l’application de la Loi sur le tabac et les produits de vapotage. Après tout, ce sont des dizaines de milliers de vies qui sont en jeu.

Anick Labelle