Les cigarettes électroniques : un risque documenté pour les jeunes

Un sondage ponctuel mené par le Programme canadien de surveillance pédiatrique (PCSP) a révélé 88 cas de blessures ou de maladies liées au vapotage chez les enfants et les adolescents en 2019. Retour sur les résultats du sondage et les actions qui en découlent avec son investigateur principal, le Dr Nicholas Chadi, chercheur et pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence et en toxicomanie pédiatrique au CHU Sainte-Justine.

Les preuves sont de plus en plus nombreuses : les produits du vapotage attirent les jeunes, que ce soit par leurs couleurs éclatantes, leurs saveurs alléchantes ou des publications bien ficelées sur les médias sociaux. Des preuves sont également de plus en plus nombreuses quant aux effets néfastes de ces produits sur la santé, autant chez les adultes que chez les jeunes. Il suffit de regarder du côté des États-Unis, où l’on comptait en février 2020 plus de 2800 hospitalisations d’urgence pour des maladies pulmonaires associées au vapotage (MPAV), ainsi que 68 décès.

Ces phénomènes sont encore assez peu fréquents au Canada (par exemple, en date du 14 août 2020, le pays dénombrait « seulement » 20 cas de MPAV). Par contre, une nouvelle étude financée par la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC sur le comportement et les préférences des jeunes et des jeunes adultes en matière de vapotage laisse imaginer le pire : 66 % des jeunes vapoteurs choisiraient les plus fortes concentrations de nicotine disponibles, soit entre 50 et 60 mg/ml. Ce comportement augmente leur risque de développer une dépendance à la nicotine ou de souffrir d’un empoisonnement à la nicotine (nicsick ou nic-out en anglais). Ce genre d’empoisonnement présente un ou plusieurs des symptômes suivants : douleurs abdominales intenses, vomissements répétés, nausées, maux de tête, palpitations, tremblements incontrôlables, incapacité à se concentrer et perte de conscience.

Peu, c’est déjà trop

Le rapport du PCSP portait sur les maladies et les problèmes de santé chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans qui, malgré leur faible fréquence, entraînent des coûts élevés pour la santé et les deniers publics. Parmi ces troubles, on trouve les maladies et les blessures liées au vapotage. Ainsi, dans le but de mieux connaître leur prévalence, les pédiatres et pédiatres surspécialisés du Canada ont reçu un sondage leur demandant d’indiquer la fréquence de ces incidents ainsi que leur degré d’aisance à en parler avec les jeunes et leur famille. « Ce sondage était le deuxième du genre, explique le Dr Chadi. La première fois, c’était en 2015. On avait alors obtenu un taux de réponse de 20 %, et 35 blessures avaient été signalées. Cette année, le taux de réponse est passé à 42 %, et le nombre de blessures signalées, à 88. »

Un malaise à démystifier

Comment expliquer ces chiffres? Selon le Dr Chadi, une partie de la réponse se trouve dans l’augmentation rapide du taux de vapotage chez les jeunes. « L’épidémie des cigarettes électroniques chez les jeunes nord-américains et la triste vague de blessures et de décès liés au vapotage aux États-Unis, en 2019, ont alerté les médecins du Canada. Cela dit, 31 % des pédiatres canadiens ont déclaré être mal à l’aise, voire très mal à l’aise, de parler de ce problème avec les jeunes et leur famille. » Malheureusement, le sondage ne les a pas interrogés sur les raisons de leur malaise, mais le Dr Chadi suppose qu’il vient en partie d’un manque d’outils et d’informations liés au vapotage. « Le vapotage est un phénomène relativement nouveau, sans compter que les produits mis en vente changent régulièrement. Une formation continue du personnel soignant sur tous ces produits et sur leurs conséquences est donc de mise », affirme-t-il.

Une suite attendue

Bien que des efforts de formation sur le vapotage existent déjà au Québec, des données probantes sur le sujet ne peuvent qu’améliorer la situation. Heureusement, le Dr Chadi poursuivra ses recherches sur les méfaits du vapotage chez les jeunes grâce à une étude longitudinale menée conjointement par le PCSP, la Société canadienne de pédiatrie, Santé Canada et l’Agence canadienne de santé publique. « À partir de cet automne, sur une période de deux ans, près de 2800 pédiatres à l’échelle du pays recevront chaque mois un questionnaire sur le vapotage. Les questions porteront non seulement sur le nombre de blessures et de maladies observées, mais aussi sur les comportements menant à ces blessures, les facteurs de risque, les traitements reçus et davantage encore. »

Resserrer la vis et vite!

Qui pis est, les résultats du sondage du PCSP ne représentent probablement qu’une infime partie du problème. Car bien des blessures et maladies liées au vapotage doivent être vécues en privé, sans jamais se rendre à la consultation pédiatrique… Aussi, devant la gravité de la situation, de nombreux spécialistes de la santé se demandent pourquoi ces produits nocifs sont toujours en vente.

À ce propos, le Dr Chadi a participé au groupe spécial d’intervention mis en place par le gouvernement québécois pour faire état de recommandations sur l’encadrement de ces produits vendus en magasin. Croyant fermement qu’ils présentent des dangers réels pour les jeunes, il souhaite les voir soumis à des règles de commercialisation plus sévères. « Il faut notamment interdire les saveurs dans les liquides à vapoter, limiter leur teneur maximale en nicotine et rendre leurs contenants moins attrayants, car trop d’enfants les ingurgitent accidentellement, par curiosité. » Où en sont le rapport et les recommandations du groupe spécial d’intervention? « Le rapport sera examiné sous peu par les autorités ministérielles », a confirmé par écrit Marie-Claude Lacasse, relationniste pour le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, le 23 septembre 2020.

Outre le besoin d’un resserrement des lois, le Dr Chadi rappelle l’importance d’éduquer davantage les jeunes et leur famille sur les méfaits du vapotage. « Selon les données de COMPASS, près du tiers des adolescents vapotent, alors que presque tous les parents l’ignorent. En fait, les parents connaissent bien peu de choses sur ce phénomène, d’où l’importance de la campagne conçue pour les parents élaborée par le Conseil québécois sur le tabac et la santé, dont je suis le porte-parole », affirme-t-il.

Cette éducation est encore plus cruciale en cette époque de pandémie. Dans les faits, plus de 90 % des jeunes Canadiens partageraient leurs vapoteuses avec leurs pairs, selon l’étude de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, augmentant ainsi leur risque de contracter la maladie. D’ailleurs, les adolescents et les jeunes adultes vapoteurs seraient plus nombreux à recevoir un diagnostic de COVID-19, selon une étude de l’Université Stanford, en Californie.

Catherine Courchesne