Une étude clinique canadienne randomisée démontrerait l’efficacité des cigarettes électroniques comme outil de cessation tabagique

Une première étude clinique canadienne randomisée livre ses résultats sur l’efficacité de la cigarette électronique comme outil d’aide à la cessation. Bien qu’intéressante, l’étude comporte des limites importantes.

Le fait est connu : l’arrêt tabagique représente un défi pour de nombreux fumeurs. Jusqu’à présent, le traitement le plus efficace est une combinaison des aides pharmacologiques (ex. : thérapies de remplacement de la nicotine ou TRN) et de counseling. Toutefois, la cigarette électronique comme outil de cessation tabagique gagne en popularité. D’ailleurs, entre 2014 et 2016, 35 % des Américains qui ont tenté d’arrêter de fumer étaient plus susceptibles d’utiliser une cigarette électronique comme outil de sevrage que le timbre ou la gomme de nicotine (24 %), ou encore un médicament approuvé tel que la varénicline (12 %).

Pourtant, les données sur l’efficacité des cigarettes électroniques pour l’arrêt tabagique manquent toujours à l’appel. L’étude du Dr Mark J. Eisenberg de l’Université McGill tente de remédier à ce déficit scientifique.

L’Essai E3

L’étude du Dr Eisenberg, intitulée A Randomized Controlled Trial Evaluating the Efficacy of E-Cigarette Use for Smoking Cessation in the General Population: E3 Trial Design (ou Essai E3) a été menée auprès de 376 participants motivés à arrêter de fumer et randomisés dans trois groupes distincts à qui les chercheurs avaient donné respectivement :

  1. des cigarettes électroniques avec nicotine
  2. des cigarettes électroniques sans nicotine
  3. aucune cigarette électronique

Ce traitement, qui durait 12 semaines, excluait toutes les autres aides de cessation tabagique. En outre, les trois groupes ont reçu du counseling individuel (appels téléphoniques et visites en clinique) pendant 52 semaines, afin de mesurer les effets du traitement dans le temps.

Le groupe des « cigarettes électroniques sans nicotine » permettait d’évaluer les déclencheurs psycho comportementaux de la dépendance à la cigarette, alors que le groupe qui recevait seulement du counseling servait de groupe contrôle.

Les chercheurs évaluaient l’abstinence du tabagisme et l’utilisation de la cigarette électronique hebdomadairement, en se fondant sur les déclarations des participants, leurs cartouches de nicotine usagées et non utilisées, ainsi que des validations biochimiques au monoxyde de carbone.

Des résultats intéressants, mais…

Les résultats de l’étude révèlent qu’après le traitement de 12 semaines, les participants qui utilisaient des cigarettes électroniques avec nicotine étaient plus susceptibles d’arrêter de fumer (22 %) que ceux ayant utilisé des cigarettes électroniques sans nicotine (17 %) ou ceux ayant reçu seulement du counseling (9 %). Une preuve qui, selon le Dr Eisenberg, peut contribuer à l’élaboration de politiques sur la cigarette électronique comme outil de cessation tabagique.

Cela dit, l’Essai E3 comporte des limites. Tout d’abord, un traitement de 12 semaines, c’est peu. En réalité, le Dr Eisenberg visait un traitement de 52 semaines (la norme dans le domaine), mais un retard inattendu dans la fabrication des cigarettes électroniques l’a forcé à cesser l’essai plus tôt que prévu. Le suivi de 52 semaines permettra tout de même d’évaluer les effets du traitement à plus long terme.

Il faut relever une autre limite : les participants ont reçu une cigarette électronique de deuxième génération (comprenant une pile rechargeable et une cartouche d’e-liquide préremplie à usage unique). Par conséquent, il y a lieu de se demander si les résultats différeraient avec les cigarettes électroniques JUUL ou Vype, toutes deux reconnues pour contenir des quantités plus élevées de nicotine et utiliser des sels pour en favoriser l’absorption.

Aussi, comme la science démontre que l’usage des cigarettes électroniques est associé à des risques pour la santé, est-il adéquat d’offrir cette option comme outil de cessation? Surtout que les produits du vapotage créent de nouvelles générations d’accros à la nicotine. D’ailleurs, les résultats de l’Enquête canadienne sur le tabac et la nicotine indiquent que, parmi les vapoteurs canadiens, il y a désormais moins d’ex-fumeurs (25 %) que de personnes n’ayant jamais fumé (37 %). Chez les adolescents qui vapotent, pas moins de 75 % n’ont jamais fumé! On comprend donc pourquoi le MSSS recommande notamment aux jeunes de s’abstenir de vapoter, aux fumeurs adultes souhaitant cesser de fumer, de recourir d’abord au duo « aides pharmacologiques et counseling » et aux utilisateurs de produits de vapotage, de les abandonner.

Enfin, si les cigarettes électroniques deviennent un jour un outil officiel de cessation tabagique, devrait-on les vendre seulement en pharmacie et sous ordonnance? Ce n’est pas ce que réclame l’industrie du tabac – même si elle tente de faire reconnaître ses produits de vapotage comme méthode de désaccoutumance!

Catherine Courchesne