Le gouvernement Harper imposera de nouvelles mises en garde sur les paquets de cigarettes

Des images plus grandes seront flanquées du numéro d’une ligne téléphonique d’aide aux fumeurs

Entre Noël 2010 et le jour de l’An 2011, la ministre fédérale de la Santé Leona Aglukkaq a montré à la presse de quoi auront l’air les prochaines mises en garde de santé à apposer sur les emballages de petits cigares et de cigarettes vendus au Canada. 

Au lieu de couvrir la moitié de chacune des deux principales surfaces des paquets, comme maintenant, ces nouveaux avertissements de santé en couvriront 75 % et incluront une adresse électronique de même que le numéro d’une ligne téléphonique sans frais, où les fumeurs désireux d’abandonner le tabac pourront aller se documenter ou appeler pour recevoir de vive voix des renseignements pratiques.

Joli cadeau du temps des fêtes pour la santé des Canadiens : le 30 décembre, la ministre fédérale Mme Leona Aglukkaq a dévoilé quatre des 16 futures mises en garde qui couvriront 75 % des paquets.

L’application des nouvelles normes surviendra vraisemblablement en 2011. Rappelons que les mêmes 16 illustrations servent sur les paquets de cigarettes depuis janvier 2001, ce qui a réduit considérablement l’efficacité des mises en garde, de l’avis de Santé Canada aussi bien que des chercheurs universitaires et des groupes pro-santé.  Parmi les 16 nouvelles illustrations au programme figure une photo de la squelettique Barb Tarbox sur son lit de mort.   Mme Tarbox, un mannequin albertain décédé d’un cancer du poumon en 2003, à 42 ans, et conférencière contre le tabac durant sept des huit derniers mois de sa vie, souhaitait que sa funeste expérience de fumeuse et son image de malade servent à dissuader de fumer.

Les cigarillos pourraient être soumis autant que les cigarettes à la nouvelle réglementation, même s’ils échappent présentement à la définition de « petits cigares » incluse dans la Loi sur le tabac telle que modifiée par le Parlement fédéral en 2009. La Loi sur le tabac accordait déjà au gouvernement un pouvoir discrétionnaire pour élaborer des règlements, et c’est en vertu de ce pouvoir qu’Ottawa impose l’apposition d’avertissements sanitaires sur les emballages de cigarettes.

À la différence des règlements découlant de plusieurs autres lois, ceux qui servent à appliquer la législation fédérale sur le tabac doivent cependant être approuvés par la Chambre des communes. L’entrée en vigueur de la réglementation à venir exigera aussi, comme par le passé, une période d’adaptation pour les fabricants de produits du tabac.

La ministre Aglukkaq a promis de procéder rondement.

Un accouchement laborieux

Trois des quatre mises en garde dévoilées à Ottawa en décembre dernier.

L’annonce faite par le gouvernement conservateur est survenue deux semaines après qu’une majorité de députés au comité permanent sur la santé de la Chambre des Communes, une majorité incluant les élus du parti ministériel, ait rejeté une proposition du député libéral Ujjal Dosanjh, lui-même un ancien ministre fédéral de la Santé de 2004 à 2006, de porter de 50 % à 75 % la proportion de la surface des paquets de cigarettes à couvrir par une mise en garde. Les députés des quatre partis avaient cependant fait l’unanimité derrière une autre motion libérale qui recommandait à la ministre Aglukkaq d’annoncer au plus tôt l’imposition de nouveaux avertissements de santé illustrés.

Le processus de renouvellement des messages a commencé en 2004. Pas moins de 3,6 millions de dollars ont été dépensés afin notamment de tester l’efficacité comparative de diverses illustrations pour prévenir les consommateurs avérés ou potentiels de tabac contre les méfaits sanitaires de son usage.  En parallèle, des recherches confirmaient l’intuition que des illustrations plus grandes attirent davantage l’attention que des plus petites.

En septembre 2010, lors d’une réunion à huis clos avec les ministres provinciaux de la Santé, et au grand dam de plusieurs de ces derniers, le gouvernement d’Ottawa avait annoncé qu’il mettait en veilleuse le renouvellement des mises en garde, laissant clairement comprendre qu’il ne pouvait pas mener cet effort de dénormalisation du tabac tout en combattant simultanément la contrebande.  Durant l’automne, Leona Aglukkaq et ses fonctionnaires ont ensuite fait valoir la nécessité pour Santé Canada d’examiner l’idée d’utiliser le réseautage social en ligne (YouTube, Facebook, etc.) comme canal pour rejoindre les jeunes et prévenir l’acquisition de la dépendance au tabac.  Là encore, des spécialistes de la lutte contre le tabagisme ont craint pendant quelques mois que le gouvernement Harper utilise ce prétexte d’une nouvelle approche pour ne pas renouveler en même temps les mises en garde sanitaires sur les paquets de cigarettes, alors même que ces avertissements sur les emballages sont reconnus mondialement comme étant le canal par excellence par où joindre le plus grand nombre possible de fumeurs, et cela aux frais de l’industrie.

La conférence de presse de la ministre Aglukkaq a rassuré les groupes pro-santé, qui étaient devenus méfiants en raison de la vaste opération de lobbying des cigarettiers, confirmée par des reportages de la télévision anglaise de Radio-Canada (CBC). Parallèlement, le nouvel ordre du jour de Santé Canada a reçu un accueil glacial de l’industrie du tabac, qui voudrait que les pouvoirs publics ne fassent rien de plus que combattre le marché noir.

Une ligne pour décrocher

Des lignes d’aide aux candidats à l’arrêt tabagique existent dans toutes les provinces canadiennes.  Au Québec, la ligne 1-866-JAR-RETE, gérée par la Société canadienne du cancer et entièrement financée par le ministère de la Santé et des Services sociaux, fonctionne depuis 2002. Rien n’assure pour autant que tous les fumeurs se souviennent de son existence. Avec la plus récente annonce de la ministre fédérale de la Santé, les gouvernements provinciaux peuvent se remettre à espérer voir les fumeurs dirigés vers de l’aide par l’un des objets qu’ils manipulent le plus souvent : leur tyrannique paquet de cigarettes.

Pierre Croteau