Saveurs : de nouveaux chiffres alarmants

Deux études rappellent à quel point les produits du tabac aromatisés entraînent des effets dévastateurs pour la santé des jeunes.

Le tabac est le seul poison qui goûte la menthe, la fraise, l’amaretto ou les bonbons. Ces arômes trompeurs nuisent gravement à la santé publique, notamment parce qu’ils sont trompeurs et attirent les jeunes. Le menthol n’est pas « moins pire ». Selon une étude récente, environ le tiers des jeunes fumeurs optent pour des produits du tabac mentholés. Or, ils fument plus que les autres et ont moins l’intention d’arrêter. Pour mettre fin à ces effets pervers, le gouvernement fédéral a annoncé le resserrement de la Loi sur le tabac. Mais cela est insuffisant.

Plus de la moitié des jeunes fumeurs

Une nouvelle recherche du Centre pour l’avancement de la santé des populations Propel de l’Université Waterloo a confirmé, en juin, la popularité des produits du tabac aromatisés chez les adolescents. L’équipe a questionné 47 000 jeunes de la 6e année du primaire à la 5e année du secondaire, dont 6000 au Québec. L’étude révèle que, parmi les adolescents québécois qui avaient fumé au cours des 30 derniers jours, 58 % avaient opté pour un produit aromatisé. C’est 3 % de plus qu’en 2010-2011. On comprend leur attrait pour les produits du tabac aromatisés : ces saveurs sont séduisantes, masquent l’âcreté du tabac et en banalisent les dangers.

La présence sur le marché de cigarettes, cigarillos et autres chichas au parfum sucré a un impact sur le taux de tabagisme des adolescents. Au cours des 30 derniers jours, « seulement » 9 % des jeunes Québécois ont fumé la cigarette. Mais ce taux monte à 14 % si on tient compte de tous les autres produits du tabac – le plus souvent aromatisés. Chez les étudiants de la 3e à la 5e année du secondaire, ces taux sont respectivement de 12 % (pour les cigarettes) et 20 % (pour l’ensemble des produits du tabac).

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Le menthol fait fumer plus

Une deuxième étude montre les effets particulièrement pervers des produits du tabac mentholés. En effet, les jeunes qui préfèrent les cigarettes au menthol fument presque deux fois plus que les autres, concluent Sunday Azagba et son équipe dans Cancer Causes & Control. L’étude canadienne, basée sur les réponses de plus de 4700 adolescents, dévoile aussi que ces adolescents sont trois fois plus susceptibles que leurs camarades de rapporter qu’ils continueront à fumer dans la prochaine année.

Plusieurs sondages ont montré au fil des années que les citoyens approuvent massivement l’interdiction des saveurs dans tous les produits du tabac, comme le réclament les groupes de santé depuis des années. Mais les gouvernements peinent à agir. Aucune province n’a encore adopté de loi dans ce sens (l’Alberta a adopté une loi, mais celle-ci n’a pas encore été proclamée). Au fédéral, le resserrement de la Loi sur le tabac annoncée en septembre ne va pas assez loin. En effet, si cet amendement est adopté, l’interdiction de certains arômes s’étendra à tous les cigares de moins de six grammes plutôt qu’à seulement ceux de moins de 1,4 gramme. Si l’initiative est bienvenue, elle comporte bien des échappatoires :

  • les cigares de plus de six grammes ne sont pas touchés;
  • quatre saveurs restent permises dans les cigares de plus de 1,4 gramme : vin, rhum, whiskey et porto;
  • l’usage du menthol demeure permis;
  • les autres produits du tabac (chicha, tabac à pipe…) ne sont pas touchés.

Pour les groupes de lutte contre le tabagisme, il n’y a qu’une solution : le Québec doit renforcer au plus vite sa Loi sur le tabac, comme s’est engagée à le faire la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique, Lucie Charlebois.

Anick Perreault-Labelle

 

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Le pourcentage de jeunes qui ont fumé au cours des 30 derniers jours double presque si l’on tient compte de l’ensemble des produits du tabac.