Moins de tabagisme, davantage de lits disponibles

Par Pierre Croteau

En 2008, le traitement des maladies dues au tabagisme représentait au moins 32,6 % du coût des journées complètes d’hospitalisation dans les grands hôpitaux de courte durée du Québec, autrement dit, à l’origine d’une dépense additionnelle d’au moins 928,7 millions de dollars par an. Voilà ce que révèle une étude réalisée par quatre experts économiques du Groupe d’analyse Inc., pour le compte de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac (CQCT), qui l’a rendue publique le 16 août.

Pierre-Yves Crémieux, Lisa Pinheiro, Marissa Ginn et Michel Cloutier, les quatre analystes, précisent qu’ils n’ont pas mesuré l’impact total du tabagisme actif sur le système hospitalier.  Bien qu’une somme de 928,7 millions $ peut déjà paraître énorme, les soins de courte durée à leur tour ne représentent qu’environ les deux tiers du coût total des soins hospitaliers, lesquels comprennent aussi les soins de longue durée et les soins en consultation externe.   De plus, l’estimation du Groupe d’analyse ne prend en compte que les journées complètes d’hospitalisation, et exclut donc les courtes visites, telles que les visites à la salle d’urgence pour des crises d’asthme qui n’entraînent pas de nuit à l’hôpital.  Enfin, les résultats du groupe d’experts sont uniquement basés sur le nombre de fumeurs et anciens fumeurs dans la société, et ne tiennent pas compte des nombreuses victimes du tabagisme passif, par exemple parmi les non-fumeurs conjoints d’un fumeur.

Crémieux, Pinheiro, Ginn et Cloutier jugent que leur estimation des coûts de l’utilisation des soins hospitaliers dus au tabagisme est prudente.

Fumée et paradoxe

« Même à maladies égales, le tabagisme est associé à des séjours hospitaliers plus longs pour les fumeurs actuels et les anciens fumeurs [que pour les non-fumeurs de toujours] », observent les quatre analystes de la firme de consultants.

Leur étude montre aussi que de soigner les anciens fumeurs suppose à peu près autant de journées d’hospitalisation et d’occupation de lits que de soigner les fumeurs.  Ce paradoxe s’explique par le fait qu’une importante partie des anciens fumeurs hospitalisés sont des personnes qui ont arrêté de fumer justement à cause d’une maladie grave.  Lorsqu’on tient aussi compte du fait que les anciens fumeurs sont maintenant plus nombreux dans la société que les fumeurs, on comprend que les fumeurs qui réussissent à abandonner le tabac réduisent tout de même leur risque d’aboutir prématurément ou souvent à l’hôpital, ce que de nombreuses études médicales ont prouvé par ailleurs, notamment en rapport avec les crises cardiaques.

« Ce ne sont pas que les fumeurs qui sont victimes des produits de l’industrie du tabac, mais tous les Québécois qui font face à des temps d’attente excessifs ou des séjours interminables sur les civières dans les couloirs des urgences, dus en grande partie au fardeau du tabac sur le système de santé », a déclaré Flory Doucas, porte-parole de la CQCT.  L’industrie du tabac réussit encore à recruter 650 jeunes Québécois chaque semaine, souligne la CQCT.