Le tabagisme aggrave-t-il la COVID-19? Probablement.

Malgré ce qu’on lit dans les grands titres, les chercheurs ignorent pour l’instant les répercussions exactes du tabagisme sur la COVID-19.

Cela semble aller de soi. Fumer ou vapoter exacerbe nécessairement les symptômes de la COVID-19, une maladie qui affecte les voies respiratoires. Or, malgré les titres des journaux populaires, cette association demeure incertaine. Dans les faits, peu d’études existent sur les facteurs qui aggravent la maladie causée par le coronavirus SARS-CoV-2. Malgré ces incertitudes, les chercheurs estiment que le tabagisme aggrave probablement le pronostic des personnes atteintes de cette maladie hautement contagieuse qui entraîne de la fièvre, de la toux et des difficultés respiratoires.

Des études aux résultats disparates

À la mi-avril 2020, trois méta-analyses avaient pour objet l’examen des liens entre le tabagisme et la COVID-19. La première, parue dans Tobacco Induced Diseases, a retenu cinq études. Celles-ci arrivaient à des conclusions très variables. L’une d’elles, par exemple, a examiné les cas de 191 patients et n’a trouvé aucune différence statistiquement significative dans le taux de survie des fumeurs et des non-fumeurs. Une autre étude, menée auprès de 78 patients, a plutôt calculé que les fumeurs risquaient 14 fois plus que les non-fumeurs de voir leurs symptômes s’aggraver. Une troisième recherche a rapporté une plus grande proportion de fumeurs que de non-fumeurs parmi environ 1000 personnes atteintes de la COVID-19, mais sans trouver d’effet du tabagisme sur la gravité des symptômes.

Cette incertitude est confirmée par les deux autres méta-analyses. Celles-ci ont examiné l’effet du tabagisme sur la progression de la COVID-19 et arrivent à des résultats sont diamétralement opposés : la première ne trouve aucune corrélation, contrairement à la deuxième. En somme, les répercussions exactes du tabagisme sur cette maladie restent à déterminer.

Les faits incriminants

Malgré cette incertitude, la conclusion de la méta-analyse parue dans Tobacco Induced Diseases est sans ambiguïté : « avec les données disponibles limitées, et bien que les résultats ci-dessus ne soient pas ajustés pour d’autres facteurs qui pourraient jouer sur la progression de la maladie, fumer est fort probablement associé à une progression néfaste de la maladie et à une issue défavorable. » (notre traduction)

Enfin, si les chercheurs s’accordent pour dire que le tabagisme aggrave probablement l’impact de la COVID-19, ils sont généralement plus circonspects au sujet du vapotage. En effet, ils connaissent encore mal les répercussions du vapotage sur la santé respiratoire, et encore moins ses effets exacts sur la COVID-19.

La COVID-19 : une bonne occasion de cesser de fumer

Cela dit, les médecins et chercheurs suggèrent de profiter de cette crise sanitaire pour parler de cessation tabagique. Pour eux, cette maladie représente un moment clé, à l’instar d’un diagnostic de cancer, par exemple. Au Québec, le questionnaire utilisé pour détecter les cas de COVID-19 comporte d’ailleurs une question sur le statut tabagique du patient. Cela est d’autant plus pertinent qu’en ces temps de confinement et d’isolement, plusieurs ressources de soutien à la cessation tabagique sont disponibles à distance, dont la ligne téléphonique J’ARRÊTE, les vidéos du site Web J’ARRÊTE et le Service de messagerie texte pour arrêter de fumer (SMAT). Sans oublier que certains médecins et  pharmaciens offrent des consultations par téléphone et que les thérapies de remplacement de la nicotine peuvent être livrées à domicile. Autant d’outils pour mieux respirer, malgré la COVID-19.

Anick Labelle