‎Les mesures efficaces de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac

Shannon Gravely

Shannon Gravely, de l’Université de ‎Waterloo, a dirigé l’étude parue dans ‎Lancet Public Health.‎

Quel impact ont réellement les mesures de lutte contre le tabagisme comme la hausse de taxes ou la création d’environnements sans fumée? À ce jour, bizarrement, très peu de chercheurs l’ont calculé avec attention. Plus précisément, peu d’entre eux ont quantifié l’effet sur le taux de tabagisme des mesures recommandées par la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Dans l’édition d’avril 2017 du Lancet Public Health, la Canadienne Shannon Gravely et son équipe ont remédié à ce manque. Leur conclusion? Les pays qui mettent en œuvre les mesures de la CCLAT assistent à une baisse notable de leur taux de tabagisme.

La CCLAT est le premier traité international portant sur une question de santé. Ce traité, en vigueur dans près 180 pays, dont le Canada, recommande des dizaines de mesures fondées sur des données probantes. L’étude de Shannon Gravely et son équipe a examiné la corrélation entre la prévalence tabagique de 126 pays et l’implantation de cinq mesures de la CCLAT au plus haut niveau (selon le système de codage de l’Organisation mondiale de la Santé). Ce plus haut niveau correspond à une mesure mise en œuvre le plus complètement possible : l’interdiction du tabagisme dans tous les bâtiments publics et commerciaux sans exception, par exemple, ou des avertissements de santé illustrés occupant au moins 50 % des surfaces recto et verso des produits du tabac.

En moyenne, chaque mesure de la Convention cadre de l’OMS pour la lutte antitabac a entraîné une baisse de 1,57 point de pourcentage de la prévalence tabagique.

Shannon Gravely et son équipe ont étudié cinq mesures : le niveau de taxation, les environnements sans tabac, les avertissements sur les produits du tabac, la réglementation entourant la publicité pour ces produits et l’accessibilité des programmes de cessation. Pour mesurer l’impact de celles-ci, les chercheurs ont calculé la baisse du taux de tabagisme survenue entre 2005 et 2015 dans 126 pays, dont 10 qui n’avaient pas signé la CCLAT. Conclusion? Dans l’ensemble des pays, il y a une corrélation statistiquement significative entre le nombre de mesures adoptées au plus haut niveau et la baisse du taux de tabagisme.

Geoffrey Fong

Geoffrey Fong, de l’Université de ‎Waterloo, est l’un des cosignataires de ‎l’étude.‎

Concrètement, chaque mesure additionnelle a entraîné une baisse de la prévalence tabagique de 1,57 point de pourcentage, en moyenne (par exemple, une réduction de 15 pour cent à 13,43 pour cent). « La seule différence entre les pays qui ont adhéré au CCLAT et les autres, c’est que les premiers adoptent davantage de mesures à leur plus haut niveau et, donc, connaissent une réduction plus marquée », explique Geoffrey Fong, l’un des chercheurs de l’équipe. Ainsi, entre 2005 et 2015, les pays signataires de la CCLAT ont vu leur taux de tabagisme baisser de 2,62 points de pourcentage, en moyenne, contre 1,75 point de pourcentage pour les autres. Au final, cela représente des dizaines voire des centaines de milliers de fumeurs en moins. Bref, la CCLAT fonctionne. Le prochain défi est d’étendre et d’accélérer son implantation!

Anick Labelle