Une lutte difficile s’annonce à Québec

On n’a pas encore vu le projet de loi québécois sur le contrôle du tabac, et déjà le lobby « anti-santé » nous tire dessus à boulets rouges.

Cette attaque nous a tout de même permis d’apprendre plusieurs choses fort intéressantes :

  • Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Jean Rochon, a l’intention d’aller plus loin que le fédéral dans l’imposition de restrictions sur les commandites d’événements culturels et sportifs par l’industrie du tabac. Contrairement à son homologue fédéral, il envisage des mesures compensatoires, ce qui risque à terme de priver l’industrie de certains alliés chez les organismes commandités.
  • La ministre de la Culture et le ministre des Affaires municipales semblent tous deux accepter le principe de ces restrictions sévères. Louise Beaudoin demande du financement récurrent pour remplacer les commandites dans le domaine culturel. Du côté du sport, Rémy Trudel entrevoit des mesures compensatoires surtout pour le sport amateur.
  • Contrairement aux rumeurs publiées en première page du Devoir du 30 novembre, M. Rochon ne cherche pas à interdire la cigarette dans les bars. Par contre, il a confirmé le 4 décembre qu’il aimerait rendre obligatoire, dans les restaurants, « des sections non-fumeurs, protégées contre la fumée et correctement ventilées ».
  • Selon Le Devoir, M. Rochon aurait aussi l’intention d’interdire la cigarette dans tous les milieux de travail. Mais il n’y a eu aucune confirmation à ce sujet, et il se peut que le journal se base sur une ébauche déjà périmée du projet de loi.
  • Le projet de loi ne sera peut-être pas déposé avant la fin de cette session parlementaire, et ne serait donc pas rendu public avant mars.

Dans un autre ordre d’idée, on constate aussi que certains chroniqueurs à court de sujets ne sentent pas le besoin de se documenter ou se renseigner auprès de sources fiables pour partir en guerre contre les organismes de santé et, plus personnellement, contre M. Rochon. Ils auraient pourtant avantage à bien s’informer avant d’affirmer des absurdités dans des domaines qui dépassent leurs champs de compétence, comme la santé et l’économie.

Réjean Tremblay, chroniqueur sportif à La Presse, semble être incapable de parler de tabac sans traiter les organismes de santé de « fascistes antitabac ».

Pierre Foglia fait pitié en parlant d’«intégrisme» chez le CQTS sans connaître le travail de cet organisme. S’il avait eu le moindre souci d’objectivité journalistique et qu’il avait pris soin de se renseigner auprès du CQTS, il aurait constaté que la réalité est bien différente.

Dans Le Journal de Montréal, Franco Nuovo traite M. Rochon de « boucher de la santé », de « rouleau compresseur » qui est « plus vertueux que la vertu, à genoux devant les lobbies anti-tabac ».

La palme revient à Nathalie Petrowski de La Presse, qui accuse M. Rochon de s’attaquer au tabagisme par « pure démagogie » et « petit calcul cheap ».

« En imposant sa loi, Rochon nous donne l’illusion que notre santé lui tient à coeur, écrit Mme Petrowski. Quelle meilleure façon de donner l’exemple que de s’en prendre courageusement aux vils commanditaires qui nous rendent dépendants comme des larves ? »

L’idée qu’un ministre de la Santé puisse vraiment se sentir concerné par le décès prématuré de 12 000 Québécois par année provoqué par le tabagisme ne semble même pas effleurer l’esprit de Mme Petrowski. Toute une spécialiste !

Agir maintenant

Face à ces attaques, les organismes de santé doivent commencer à se préparer dès maintenant à la bataille qui s’annonce. Il faut continuer de répliquer de façon calme et bien raisonnée avec nos propres lettres et articles d’opinion. De plus, il y aura des mémoires à présenter en commission parlementaire au printemps.

Il faudrait aussi briser le mythe du « tout va bien » entre fumeurs et non-fumeurs qui régnerait actuellement dans les restaurants québécois. Nous connaissons bien des non-fumeurs qui vont rarement au restaurant parce qu’ils trouvent que boucane et bouffe ne font pas bon ménage. Sans compter que les effets médicaux de la FTE (fumée du tabac dans l’environnement) sur les non-fumeurs sont bien documentés.

De même, sur la question des commandites, il faut continuer d’expliquer les stratégies de marketing de l’industrie du tabac, plutôt que de laisser entendre que la seule vue d’une affiche publicitaire avec un logo de cigarettes mène les jeunes immédiatement et immanquablement au tabagisme.

Nous avons donc beaucoup de travail devant nous au cours des prochaines semaines. Mais si nous faisons bien ce travail, nous risquons de nous rapprocher à pas de géant de notre objectif : un Québec où les jeunes sont de moins en moins tentés par la cigarette et où les fumeurs adultes ont l’appui nécessaire pour une cessation réussie.

Mario Bujold

Nommé directeur général du Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS) en février 1996, Mario Bujold oeuvre depuis plus de 10 ans dans le domaine de la lutte au tabagisme.