Resserrement des règles fédérales sur les cigarettes électroniques

Confirmant les craintes des groupes de santé, le vapotage est en forte hausse chez les jeunes aux États-Unis et au Canada. Pour renverser la tendance, Santé Canada propose de nouvelles limites à la promotion des produits de vapotage.

Les cigarettes électroniques ont beau entraîner moins de méfaits que le tabac combustible, cela ne les empêche pas de soulever bien des questions. L’attrait qu’elles exercent sur les jeunes suscite particulièrement des inquiétudes. C’est pourquoi, début février, Santé Canada a soumis à la consultation des mesures visant à limiter la promotion des cigarettes électroniques et des autres produits du vapotage afin que les jeunes y soient moins exposés. Ce faisant, l’organisme fédéral réagissait à la pression de plusieurs groupes de santé ainsi qu’à de nouvelles statistiques montrant une hausse fulgurante du vapotage chez les adolescents. Les groupes qui luttent contre le tabagisme exigent maintenant que les mesures proposées soient renforcées et qu’elles soient adoptées le plus vite possible – et, surtout, avant les élections fédérales d’octobre 2019.

Un engouement chez les jeunes

Les dernières statistiques le montrent sans ambiguïté : de plus en plus de jeunes ont vapoté au cours des 30 derniers jours. Au Canada, 66 % plus d’élèves du secondaire ont vapoté en 2016-2017 qu’en 2014-2015,et la tendance se maintient; aux États-Unis, l’augmentation a atteint 77 % chez les 14 à 18 ans entre 2017 et 2018. Tout cela est inquiétant, d’autant plus qu’il existe des preuves substantielles que le vapotage, en particulier chez les jeunes, augmente le risque d’initiation au tabagisme, estime la National Academies of Sciences, Engineering and Medicine dans un rapport étoffé. On lit des conclusions similaires dans l’étude récente de Kaitlyn Berry et son équipe, parue dans JAMA Network Open. Selon celle-ci, les jeunes de 12 à 15 ans qui avaient utilisé un produit du tabac autre que la cigarette (incluant la cigarette électronique) étaient trois fois plus susceptibles de fumer la cigarette combustible un an plus tard. Étonnamment, cela était particulièrement marqué chez les adolescents pourtant peu à risque de fumer.

Au Canada, en 2016-2017, 66 % plus d’élèves du secondaire ont vapoté au cours des 30 derniers jours qu’en 2014-2015.

Ginette Petitpas Taylor, ministre fédérale de la Santé, s’est dite « fortement préoccupée » par l’ensemble de la situation. « Nous ne pouvons pas laisser [les produits du vapotage] miner les gains que nous avons si durement acquis en matière de lutte contre le tabac », a-t-elle affirmé par voie de communiqué. Les groupes de santé y voient un changement de cap important de la part du gouvernement et un aveu que la Loi sur le tabac et les produits de vapotage, adoptée en 2018, échoue à protéger les jeunes contre le vapotage.

Une loi canadienne à parfaire

Les mesures à l’étude ciblent uniquement la promotion des produits du vapotage. Malgré les avertissements des groupes de santé, la loi actuelle est très permissive à cet effet. Ainsi, les publicités pour les cigarettes électroniques peuvent être diffusées dans tous les médias, incluant la télévision, les médias sociaux, la radio et les panneaux d’affichage. La seule contrainte sérieuse est qu’elles ne soient pas de type style de vie, c’est-à-dire qu’elles n’associent pas les cigarettes électroniques au prestige, aux loisirs ou à l’enthousiasme, par exemple. Or, les premières publicités télévisées pour Vype diffusées au Canada par British American Tobacco (BAT) contrevenaient à cette règle, associant le produit à un mode de vie actif et urbain, à la richesse ou à la beauté. Sur les réseaux sociaux, BAT n’a pas hésité à associer Vype à des voyages à l’étranger (c’est-à-dire aux loisirs) ou à de jeunes femmes légèrement vêtues (une marque de prestige). Enfin, les affiches promotionnelles pour Vype se sont multipliées dans les stations-service et les dépanneurs ontariens, clamant que le produit « frappe dans le mille » (« Hits the spot »).

Le Québec : une loi plus complète

Les publicités pour la cigarette électronique Vype, publiées dans le Journal de Montréal
Les publicités pour la cigarette électronique Vype, publiées dans le Journal de Montréal, respectent la Loi concernant la lutte contre le tabagisme.

Au Québec, la Loi concernant la lutte contre le tabagisme interdit ce genre de pratique. Ses mesures ont d’ailleurs inspiré celles proposées par Santé Canada. Concrètement, le Québec autorise les publicités pour les produits du tabac et les produits du vapotage seulement dans les points de vente et les publications écrites dont au moins 85 % des lecteurs sont majeurs. Celles-ci sont aussi soumises à plusieurs restrictions, comme l’interdiction de publier une image, hormis celle du produit annoncé. Cela n’a pas empêché la publication de publicités pour Vype dans le Journal de Montréal.

Parmi les nouvelles mesures proposées par le gouvernement fédéral, mentionnons l’interdiction des publicités pour les produits du vapotage :

  • dans les points de vente et les lieux publics auxquels les jeunes ont accès, incluant les dépanneurs, les centres commerciaux et les transports publics
  • dans les publications, les sites Web et les médias sociaux destinés aux jeunes
  • à la télévision et à la radio, mais seulement pendant et dans les 30 minutes précédant ou suivant les émissions jeunesse

Santé Canada souhaite également que ces publicités ne comportent que du texte et une image des produits eux-mêmes et qu’elles affichent une mise en garde. Enfin, l’étalage des cigarettes électroniques serait interdit dans les commerces où les jeunes sont admis.

Place à l’amélioration

Les groupes de santé se réjouissent de ces resserrements annoncés tout en réclamant d’une seule voix des dispositions encore plus complètes. « Les publicités pour les cigarettes électroniques devraient être complètement interdites à la télévision et à la radio, a répété Rob Cunningham, analyste principal des politiques à la Société canadienne du cancer. Plusieurs émissions destinées d’abord aux adultes attirent beaucoup de jeunes, comme les matchs de hockey ou de football. » La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac aimerait aussi que ces publicités soient complètement interdites sur le Web, et non seulement sur les sites auxquels les jeunes ont accès. Cela éviterait que l’industrie ait le soin de vérifier si les internautes ont l’âge requis pour accéder aux publicités en ligne. Enfin, les groupes de santé exigent que les parlementaires adoptent les nouvelles mesures de toute urgence. « La voie réglementaire habituelle prendrait deux ans ou plus, sans compter les prochaines élections fédérales, a dit Neil Collishaw, directeur de la recherche de Médecins pour un Canada sans fumée. Pour des dizaines de milliers de jeunes, ce sera trop tard, car le vapotage les aura déjà rendus dépendants de la nicotine. » La consultation de Santé Canada a pris fin le 22 mars. Une seconde consultation a déjà été annoncée sur la réglementation entourant les caractéristiques de ces produits, incluant leurs saveurs, leur teneur en nicotine et leur design. Les groupes de santé affûtent leurs arguments.

Sensibiliser les jeunes aux dangers du vapotage

Vvidéo Hacked
Pour voir la vidéo Hacked produite par la FDA.

Des campagnes de communication visant à prévenir les adolescents des dangers du vapotage sont présentement diffusées aux États-Unis et au Canada. La campagne américaine mettant en scène des jeunes avec bouche en forme de prise USB, est particulièrement frappante. Le visuel troublant est une référence directe aux cigarettes électroniques JUUL, rechargeables à l’aide d’une prise USB et particulièrement populaires auprès des adolescents. En général, le ton de cette campagne de la US Food and Drug Administration (FDA) est irrévérencieux. Par exemple, des affiches sont placardées dans les toilettes des écoles puisque plusieurs jeunes y vapotent. Leur texte : « Bizarrement, certains élèves viennent ici pour mettre des saloperies (crap) dans leur corps. » (notre traduction)

 

Vidéo Considère les conséquences du vapotage
Pour voir la vidéo Considère les conséquences du vapotage produite par Santé Canada.

Santé Canada mise davantage sur la diffusion d’informations. La vidéo Considère les conséquences du vapotage rappelle les nombreux désavantages des cigarettes électroniques, par exemple, qu’elles contiennent des produits chimiques nocifs, peuvent altérer le développement cognitif et sont susceptibles d’entraîner une dépendance à la nicotine. Une fiche de conseils destinée aux parents couvre le b.a.-ba du vapotage afin qu’ils abordent cette question avec leurs enfants.

Une seconde phase de la campagne canadienne devrait débuter en mars. Celle-ci utilisera notamment des influenceurs sur Instagram ou YouTube bénéficiant d’une grande popularité auprès des adolescents ou de leurs parents. Des vidéos sur les méfaits du vapotage seront également diffusées au cinéma tandis que les adolescents seront invités à participer à des activités interactives et informatives dans leur école ou sur leurs lieux de loisirs.

Anick Labelle

Correction : Une version précédente de cet article rapportait erronément une hausse du vapotage de 77 % chez les 15 à 19 ans entre 2017 et 2018. La hausse concerne les 14 à 18 ans.