Les nouvelles recommandations canadiennes sur la cessation tabagique : la vapoteuse comme dernier recours seulement

Recommandations sur l'arrêt tabagique

Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs a publié de nouvelles lignes directrices à l’intention des spécialistes de la santé pour la démarche à adopter lors des traitements liés à la cessation tabagique.

Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs a publié en août 2025 ses recommandations cliniques sur la cessation tabagique chez les adultes. Ce guide, destiné aux prestataires de soins primaires, propose un « menu » d’interventions fondées sur des données probantes et précise la place de la vapoteuse dans le processus d’arrêt tabagique. Le message central est limpide : la vapoteuse ne doit pas être une option de première instance.

Le tabagisme demeure la principale cause de maladies et de décès évitables au Canada. En 2022, environ 11 % des personnes de 15 ans et plus fumaient encore, et la majorité s’y prêtait tous les jours. Les conséquences sont bien connues : cancers, maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires chroniques – sans oublier les impacts de cette consommation sur la santé mentale et la qualité de vie.

Malgré une baisse constante de la prévalence du tabagisme au cours des dernières décennies, certaines populations demeurent particulièrement touchées, soit les personnes :

  • qui ont un faible revenu ou un faible niveau de scolarité;
  • qui vivent avec un trouble de santé mentale ou un trouble lié à l’usage de substances;
  • qui appartiennent aux Premières Nations, au peuple inuit et à la Nation métisse;
  • qui sont célibataires, séparées ou divorcées.

Dans ce contexte, le nouveau guide vise à fournir un cadre explicite à la pratique clinique d’accompagnement de la cessation tabagique, cadre fondé sur les meilleures données existantes.

La cigarette électronique : une option qui n’est pas recommandée

La question du rôle du vapotage dans l’arrêt du tabac suscite de nombreux débats. Le guide adopte une position tranchante :

  • La vapoteuse ne doit pas être employée comme intervention de première intention.
  • Elle doit être envisagée seulement en dernier recours, pour les personnes qui ont déjà essayé sans succès d’autres méthodes ou qui expriment une forte préférence pour cette option.
    • La décision doit se prendre dans le cadre d’une démarche de décision partagée, où les spécialistes informent les personnes des incertitudes entourant le vapotage.

Ces incertitudes sont par ailleurs multiples :

  • Aucun produit de vapotage n’est approuvé pour la cessation tabagique au Canada.
  • Les données manquent sur l’innocuité à long terme, notamment en ce qui concerne la santé pulmonaire et cardiovasculaire.
  • Le vapotage fait persister la dépendance à la nicotine.

En somme, la vapoteuse n’est pas une solution exclue, mais elle doit être réservée à des situations particulières et utilisée avec prudence.

Une gamme d’interventions efficaces

Le guide propose un éventail d’interventions validées par les données probantes. L’idée est de permettre aux prestataires de soins de choisir avec leur clientèle l’approche la plus adaptée à ses besoins, à ses préférences et à son contexte.

1. Les interventions comportementales

Les interventions comportementales sont au cœur de la cessation tabagique. Elles comprennent :

  • De brefs conseils : même quelques minutes suffisent à augmenter les chances de succès.
  • Des consultations personnelles ou en groupe : elles sont offertes par une personne formée en cessation tabagique.
  • Un soutien à distance : des lignes téléphoniques, une consultation intensive au téléphone, des programmes de textos.
  • Des outils d’autoassistance : des brochures, des modules en ligne, des applications interactives.

Ces interventions sont efficaces, surtout lorsqu’elles sont répétées et adaptées aux besoins de la personne.

2. La pharmacothérapie

Quatre médicaments sont approuvés et recommandés au Canada :

  • La varénicline : elle a l’efficacité la plus élevée, elle est fortement recommandée.
  • La thérapie de remplacement de la nicotine (TRN) : elle est administrée sous forme de timbres, de gommes, de pastilles et d’inhalateurs.
  • Le bupropion.
  • La cytisine (un produit de santé naturel).

Ces traitements réduisent les symptômes de sevrage et doublent, si ce n’est triplent, les chances de succès lorsqu’ils sont utilisés correctement.

3. Les interventions combinées

La stratégie la plus efficace consiste à associer la pharmacothérapie et le soutien comportemental. Les données montrent que cette combinaison augmente significativement les taux de cessation, si on la compare à une seule approche.

Les interventions déconseillées

Le guide recommande d’éviter certaines approches dont l’efficacité est faible ou n’a pas été démontrée :

  • L’hypnothérapie, l’acupuncture, l’auriculothérapie, le laser, l’électrostimulation.
  • Les produits naturels comme le millepertuis ou la S-adénosyl-L-méthionine (SAMe).

Ces interventions ne reposent pas sur de solides données probantes et risquent de détourner les gens des méthodes réellement efficaces.

La décision partagée est un facteur déterminant

L’importance de cette décision partagée est l’un des grands messages qui se dégagent du guide. Plutôt que d’imposer une méthode, les prestataires de soins sont invités à :

  • explorer les préférences et les valeurs de la personne concernée;
  • lui présenter les différentes options possibles;
  • discuter des avantages et des inconvénients de chacune;
  • accompagner la personne dans un choix éclairé.

Cette approche favorise l’adhésion, renforce la motivation et augmente les chances de succès à long terme.

Les implications pour la pratique clinique

Aux spécialistes de la santé, ce guide propose plusieurs actions concrètes :

  1. Documenter sans faute le statut tabagique de la clientèle.
  2. Encourager systématiquement l’arrêt et proposer au moins une intervention validée.
  3. Privilégier les approches combinées (comportementales et pharmacologiques).
  4. Réserver la vapoteuse aux cas où les autres options ont échoué ou font l’objet d’un refus.
  5. Informer clairement les gens des incertitudes qui sont liées au vapotage.

En somme :

  • Arrêter de fumer reste la meilleure décision pour la santé.
  • Plusieurs interventions efficaces existent et devraient être proposées systématiquement.
  • La cigarette électronique n’est pas une solution de première instance : elle ne devrait être envisagée qu’en dernier recours, et dans le cadre invariable d’une décision partagée.
  • Les prestataires de soins ont un rôle déterminant à jouer : ils doivent accompagner les bénéficiaires en faisant preuve d’empathie, de rigueur et d’ouverture.

Ce nouveau guide marque une étape importante dans la lutte contre le tabagisme au Canada. En proposant une gamme d’interventions fondées sur des données probantes et en précisant la place de la cigarette électronique, il offre aux spécialistes un outil pratique et nuancé.

La cessation tabagique demeure un défi, mais si l’on fait preuve d’approches adaptées, si l’on offre un soutien constant et une communication limpide, il est possible d’accompagner efficacement les personnes qui souhaitent tourner la page et abandonner le tabac.

Caroline Normandin, Ph. D.