Journée mondiale sans tabac : défendre les jeunes contre les stratégies des manufacturiers

Pour souligner la journée du 31 mai, l’Organisation mondiale de la Santé nous appelle à diminuer l’exposition des jeunes aux produits du tabac et du vapotage.

Les adolescents sont particulièrement vulnérables à la dépendance. Ainsi, plus ils commencent à fumer jeunes, plus ils risquent de devenir dépendants alors que, s’ils vapotent, ils doublent minimalement leur risque de devenir fumeur. Ce n’est pas un hasard si les messages des industries du tabac et des produits du vapotage ciblent délibérément les mineurs et les jeunes adultes, que ce soit à travers les réseaux sociaux ou des commandites d’événements. En somme, les jeunes sont #ExposésAuTabac, rappelle l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, qui aura lieu le 31 mai. Des vidéos-chocs lancent un message très clair : réagissez!

Une industrie sournoise

La campagne de l’OMS expose au grand jour les techniques employées par l’industrie du tabac et celle des produits du vapotage. Il peut s’agir d’un cigarettier qui s’oppose à l’adoption de lois plus fermes sur le tabac, d’un distributeur qui vend des e-liquides aux arômes séduisants pour des adolescents ou d’un dépanneur qui vend des cigarettes à des mineurs.

En 2018, des organismes de santé américains ont documenté la façon dont les plus grands cigarettiers ont payé des influenceurs sur les réseaux sociaux pour qu’ils promeuvent leurs produits auprès des jeunes. Plus proche de nous, Imperial Tobacco Canada a conçu des campagnes de marketing style de vie, sous la forme de salons extérieurs mettant de l’avant des hôtesses séduisantes et des décors tendance pour faire connaître ses produits de vapotage.

Mobiliser tous les acteurs sociaux

Pour contrer ces influences de l’industrie, l’OMS nous convie à l’action. Elle invite notamment :

  • les producteurs de cinéma et de télévision à ne plus montrer de produits du tabac ou de vapotage à l’écran;
  • les réseaux sociaux à interdire la publicité, la promotion et le parrainage par les industries du tabac et de la nicotine ainsi que le marketing par les influenceurs (et à s’assurer que ces règles sont respectées);
  • les professionnels de la santé à sensibiliser les jeunes aux méfaits du tabagisme et à soutenir ceux qui souhaitent se libérer de leur dépendance;
  • les autorités gouvernementales à implanter les mesures de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, incluant celles interdisant l’ingérence des manufacturiers dans l’adoption des politiques de lutte contre le tabagisme;
Le front commun des groupes de santé du Québec

Au Québec, les groupes de santé souligneront le 31 mai en insistant sur l’urgence de protéger les jeunes en resserrant les règles sur les produits du vapotage. « C’est le temps d’en finir avec les consultations et les réflexions et de passer à l’action », assènent-ils dans leur communiqué de presse. L’urgence est réelle : au Québec, la proportion d’élèves du secondaire ayant vapoté au cours des 30 derniers jours a presque doublé depuis 2016-2017, passant de 10 % à 17 %. Non seulement les produits de vapotage ont une allure alléchante et un taux souvent très élevé de nicotine, mais les compagnies qui les vendent ne respectent pas toujours les interdictions en vigueur, par exemple, la vente de saveurs attirantes pour les jeunes ou la diffusion de campagnes de marketing style de vie.

Le numéro de juin d’Info-tabac abordera d’ailleurs ces questions. Un article portera notamment sur le soutien à la cessation chez les jeunes tandis qu’un autre se penchera sur les contradictions de Philip Morris International, qui s’est engagé à créer un monde sans fumée, mais qui continue à s’opposer à des lois plus sévères sur le tabagisme. Le 31 mai le prouvera encore cette année : la lutte contre le tabac n’est pas terminée.

Anick Labelle