Confirmation des effets négatifs de la baisse des taxes — au moins 68 000 fumeurs de plus

Quatre chercheurs montréalais viennent de confirmer ce que beaucoup appréhendaient déjà : la baisse radicale des taxes sur le tabac en 1994 a eu un effet plus que mesurable sur l’évolution du tabagisme au pays. On évalue à au moins 68 000 le nombre de fumeurs supplémentaires de 15 ans et plus pour la seule année suivant la baisse.

C’est en comparant l’évolution du tabagisme entre janvier 1994 et février 1995 dans les cinq provinces qui ont choisi de baisser leurs taxes pour faire échec à la contrebande à l’évolution dans les provinces qui ont résisté à ce mouvement que l’équipe de recherche est arrivée à mesurer l’ampleur des dégâts.

Rappelons qu’en février 1994, le gouvernement fédéral a baissé sa taxe d’accises sur les cigarettes de 5 $ par cartouche partout au pays. Là où les provinces réduisaient en même temps leurs taxes, le fédéral a consenti une baisse encore plus importante, allant jusqu’à 10 $ par cartouche.

Au total, il y a donc eu une baisse de 21 $ au Québec et de 19,20 $ en Ontario; les diminutions dans les Maritimes étaient un peu moins importantes. À Terre-Neuve tout comme dans l’Ouest, où les gouvernements provinciaux ont gardé le cap sur la taxation dissuasive, la réduction totale n’a été que de 5 $.

Selon les données de l’Enquête sur le tabagisme, recueillies par Statistique Canada lors de quatre sondages entre avril 1994 et mars 1995, l’incidence du tabagisme a diminué de 4,1 p. 100 dans les provinces à taxes élevées, alors qu’elle n’a décliné que de 2,7 p. 100 dans les autres provinces. Cette différence de 1,5 p. 100 équivaut à 68 000 fumeurs supplémentaires dans les cinq provinces à taxation réduite.

Certains organismes de santé ont émis des réserves à propos de l’Enquête sur le tabagisme, une étude de cohorte pour laquelle on a recruté plus de 15 000 répondants. En cours de route, on a perdu près de 30 p. 100 des répondants, parmi lesquels l’incidence du tabagisme dépassait la moyenne de façon significative.

Mais même chez les répondants qui n’ont pas participé à l’ensemble de l’Enquête sur le tabagisme, on a pu constater un écart significatif entre les deux groupes de provinces. Ces répondants, interrogés en avril 1994, étaient déjà plus nombreux à rapporter qu’ils avaient cessé de fumer depuis janvier 1994 dans les provinces à taxes élevées.

Donc même si l’Enquête a peut-être péché par optimisme en surestimant la baisse globale de l’incidence du tabagisme en 1994-95, l’équipe de recherche conclut que les données permettent des comparaisons valables entre les deux groupes de provinces.

À surveiller : l’effet sur les jeunes

On accepte généralement l’hypothèse que les jeunes fumeurs, par manque d’argent mais aussi parce qu’ils sont moins dépendants de la nicotine, sont plus sensibles aux fluctuations de prix des cigarettes que les fumeurs adultes.

Il est donc fort possible que, dans un contexte où le tabagisme diminue pour d’autres raisons (diffusion de connnaissances médicales, multiplication des lieux sans fumée, etc.), une baisse des taxes peut mener à une recrudescence du tabagisme chez les jeunes qui est pour ainsi dire masquée par la dimunition qui se poursuit chez la population globale.

À cet égard, l’étude de l’équipe montréalaise ne permet pas de tirer de conclusion définitive, puisqu’on ne pouvait procéder à une analyse par tranche d’âge. De plus, l’Enquête du tabagisme ne comprenait pas les moins de 15 ans, donc les fumeurs qui sont probablement les plus sensibles aux fluctuations de prix.

Pour plus de détails, consulter le numéro du 15 janvier du Journal de l’Association médicale du Canada.

F.T.