Le Canada doit aider l’Afrique francophone à combattre le tabagisme

Par Neil Collishaw

Directeur de la recherche pour Médecins pour un Canada sans fumée, l’auteur fut responsable du dossier du tabac à l’Organisation mondiale de la santé de 1991 à 1999.

Historiquement, la réduction du tabagisme dans les pays francophones d’Afrique n’a jamais été en tête de la liste des priorités des organismes internationaux de santé et d’entraide. Après tout, la consommation n’y était pas élevée et peu de tabac était cultivé dans cette région du globe. Sans compter que d’autres problèmes tels que la guerre, la famine, la malaria et le sida étaient évidemment plus urgents.

Ce raisonnement n’a toutefois pas empêché les multinationales de tabac de s’y implanter. Par l’entremise d’une série de fusions et d’acquisitions, une des principales multinationales, Imperial Tobacco du Royaume-Uni, a récemment pris le contrôle de la plus grande part de la fabrication et de la distribution des cigarettes dans les pays francophones d’Afrique occidentale. Précisons que cette multinationale n’est pas reliée à Imperial Tobacco Canada, une filiale de British American Tobacco.

L’industrie du tabac s’est donc positionnée pour rendre des générations d’Africains dépendants au fur et à mesure que leur revenus s’accroissaient.

Les agences de santé, d’autre part, ne sont pas bien préparées à endiguer ce fléau. Malgré l’appui solide de certains pays africains, lors des négociations menant à l’adoption finale de la Convention-cadre pour la lutte antitabac, le seul pays francophone d’Afrique de l’Ouest a avoir ratifié le traité est le Sénégal. Dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, peu d’infrastructures existent à l’heure actuelle pour efficacement mettre en œuvre les mesures prescrites par la Convention-cadre.

Le Canada, un pays bilingue, est bien placé pour fournir de l’assistance technique et coopérer avec les pays francophones africains pour implanter la Convention-cadre. Notre pays possède des politiques exemplaires en matière de contrôle du tabagisme et n’a aucun passé de domination coloniale en Afrique, ce qui en fait une source hautement crédible d’aide et de conseils sur les enjeux antitabac.

Le Canada a déjà entamé plusieurs initiatives dans ce sens. PATH Canada (Programme for Appropriate Technology in Health) offre un appui modeste pour la réduction du tabagisme au Niger. L’Association canadienne de santé publique (ACSP) gère un Programme de renforcement des associations de santé publique (PRASP) qui contribue à la réalisation de l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes au Burkina Faso et au Niger.

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac (CQCT) a participé à la mise sur pied de l’Observatoire sur le tabac en Afrique francophone (OTAF), un réseau d’échange d’information. La CQCT a aussi présenté la première Conférence internationale francophone sur le contrôle du tabac (CIFCOT-1) à Montréal en 2002. Cette conférence a réuni quelque 400 intervenants provenant de 24 pays francophones, incluant plusieurs pays d’Afrique occidentale. La CQCT est aussi très active dans l’organisation de la CIFCOT-2, qui aura lieu à Paris du 18 au 21 septembre 2005. Encore une fois, des délégués francophones d’Afrique de l’Ouest témoigneront des problèmes causés par le contrôle inadéquat du tabagisme dans leur région.

Grâce aux travaux de PATH Canada, de l’ACSP et de la CQCT, les organismes non gouvernementaux (ONG) canadiens ont contribué à créer des infrastructures telles que des associations nationales de santé publique et l’OTAF. Ces institutions ont, à leur tour, érigé des cadres institutionnels qui servent à fournir conseils et assistance, en vue de renforcer les mesures de contrôle du tabagisme dans les pays d’Afrique francophone.

Avec des ressources très modestes, des ONG canadiens ont démontré qu’ils possèdent la volonté et l’expertise nécessaires pour conseiller et soutenir le réseau du contrôle du tabac de l’Afrique francophone. Il est maintenant temps de construire à partir de ces connaissances et d’amener cette expertise à des efforts de grande échelle. Il est temps que les gouvernements fédéral et québécois se rallient à leurs collègues des ONG en tant que partenaires techniques et financiers. Ils pourraient ainsi mener une grande lutte conjointe pour une implantation complète et efficace de la Convention-cadre pour la lutte antitabac sur le continent africain.

Établir et atteindre un objectif commun, soit le contrôle intégré de l’usage du tabac dans tous les pays d’Afrique francophone d’ici 2010, comportent des avantages qui vont au-delà de la simple prévention du tabagisme en Afrique. En collaborant à cette réalisation, le Québec et le Canada contribueraient au renforcement de la solidarité francophone internationale.