Film sans tabac, Starbuck remporte la 3e édition des prix Oxygène

Le prix Cendrier va à  Frisson des collines

Les films québécois de 2011 avec le plus et le moins de scènes de tabagisme ont été mis en lumière lors de la troisième édition des prix Oxygène et Cendrier organisée par le Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS).

M. Patrick Huard dans Starbuck, le film québécois le plus populaire en 2011 (recettes et assistance)

C’est Starbuck qui s’est mérité le prix Oxygène. « Il prouve qu’un film peut connaître un énorme succès sans contenir de tabac », dit Olga Debiencourt, coordinatrice des prix au CQTS. Les jurés ont estimé qu’il aurait été très facile de placer un fumeur parmi les 533 enfants du personnage de Patrick Huard. C’est pourquoi ils ont préféré Starbuck aux autres films sans tabagisme de l’année.

Une utilisation responsable du tabac SVP

Frisson des collines a reçu le prix Cendrier. Ce film semi-autobiographique est campé dans les années 1960, une époque où le tabac était très présent. Mais il aurait pu faire une utilisation plus responsable du tabac. « Frisson des collines raconte l’histoire d’un jeune qui se pose beaucoup de questions et dont la vie change pour le mieux lorsqu’il commence à consommer du tabac et de la marijuana, dit Mario Bujold, directeur général du CQTS. Les jurés ont été scandalisés par ce propos du film. » D’autant plus que les jeunes spectateurs ne savent pas nécessairement que l’époque où cela était considéré comme normal est révolue. Le réalisateur du film, Richard Roy, n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Ces prix nous rappellent que le tabac, malheureusement, est encore très présent au grand écran. Il apparaît dans environ 60 % des films distribués aux États-Unis, indiquent les dernières données du Center for Tobacco Control Research and Education (CTCRE), un organisme de recherche rattaché à l’Université de Californie à San Francisco.

Cela est très préoccupant : 44 % des fumeurs canadiens âgés de 15 à 19 ans auraient commencé à fumer après avoir visionné des scènes comportant du tabac, estime Médecins pour un Canada sans fumée. La raison : les jeunes imitent les vedettes qu’ils admirent. Malheureusement, les caméras filment rarement les effets nocifs du tabac, du manque de souffle à la maladie grave; elles l’associent même parfois au prestige et à la richesse. C’est sans compter les comédiens qui perdent la santé en étant obligés de fumer pour gagner leur vie. En d’autres mots, le tabac, même lorsqu’il n’attaque pas directement nos poumons, est loin d’être un produit banal.

Une industrie à conscientiser

En mars dernier, un Commando Oxygène a profité de la première du film L’Empire Bo$$é pour interpeller ceux qui travaillent dans le milieu du cinéma. Encadrés par le CQTS, une vingtaine d’adolescents armés de tuques rouges et de pancartes sont allés scander sur le tapis rouge « Tabac à l’écran, trop présent ! » et « Tabac virtuel, dangers réels ! » Selon Mme Debiencourt, « cette action ne visait pas particulièrement L’Empire Bo$$é, mais les gens de l’industrie en général ». D’ailleurs, plusieurs célébrités présentes à l’événement – dont le comédien et réalisateur Yves Pelletier et l’animateur Éric Salvail – ont reconnu qu’ils ne connaissent pas l’impact du tabac à l’écran sur la santé des jeunes.

Heureusement, selon le CTCRE, il y a de moins en moins de tabac dans les films distribués aux États-Unis. Ainsi, cigarettes, pipes et cigares sont apparus environ 4000 fois dans les salles obscures en 2006, contre 2500 fois en 2008. Le public ne demande pas mieux : les deux tiers des Québécois souhaitent que le tabac prenne moins de place au cinéma, selon un sondage mené par Léger Marketing pour le compte du CQTS. Mieux : 41 % d’entre eux ne veulent pas que des fonds publics soient alloués à des films montrant des scènes de tabagisme. Ne reste plus qu’à porter le message aux gens de l’industrie.

Anick Perreault-Labelle