La voix des victimes du tabac

Portrait d’une ex-fumeuse qui a décidé de se battre contre les pushers de nicotine qui l’ont rendue malade.

L’histoire de Micheline Bélanger aurait pu ressembler à celle de n’importe quel autre fumeur : initiation à la cigarette à 12 ans, tentatives nombreuses mais vaines pour arrêter de fumer, vie enfumée pendant 45 ans, emphysème puis diagnostic de cancer du poumon. Comme un fumeur régulier sur deux, Micheline Bélanger aurait pu en mourir.

Mais Micheline n’est pas n’importe quelle fumeuse. Cette combattante dans l’âme n’a pas seulement survécu à son cancer : elle a écrasé et décidé de livrer un combat personnel pour que les jeunes ne touchent jamais à la cigarette. Dans sa mire? Le gouvernement autant que les compagnies de tabac.

« Ce qui est affreux, c’est ce gouvernement supposé agir en bon père de famille qui ne nous protège pas. Il est encore plus coupable. » Micheline Bélanger, victime d’un cancer du poumon

Survivante du cancer du poumon, Micheline Bélanger dénonce aujourd’hui publiquement l’industrie du tabac.
Survivante du cancer du poumon, Micheline Bélanger dénonce aujourd’hui publiquement
l’industrie du tabac.

Aversion profonde pour l’industrie

C’est une vérité de La Palice : Mme Bélanger voue une « haine totale et profonde » aux compagnies de tabac, même si elle leur a versé des dizaines de milliers de dollars pendant près d’un demi-siècle pour assouvir sa dépendance à la nicotine. Un jour, elle entend parler du recours collectif intenté contre les grands acteurs canadiens du tabac que sont Imperial Tobacco Canada, JTI-Macdonald et Rothmans, Benson & Hedges. Elle tombe de sa chaise lorsqu’elle apprend qu’ils savaient que leurs produits créaient la dépendance et qu’ils en profitaient pour recruter des jeunes, des clients « à la vie à la mort ». Comme elle l’a été, à 12 ans. « Enfant, je n’étais pas responsable, j’étais ciblée, nuance-t-elle. Savoir cela m’a mise hors de moi. »

David contre Goliath

Dehors la culpabilité, bonjour le combat. En 2010, quelques mois après avoir perdu une partie de son poumon droit gangrené par le cancer, Micheline Bélanger décide de fourbir les armes sur la place publique pour que sa petite-fille de 13 ans et tous les ados ne tombent pas dans les griffes d’une industrie « dégueulasse ».

Le Dr Gaston Ostiguy, son pneumologue à l’Institut thoracique de Montréal, n’a pas hésité une seconde à la diriger vers la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, qui cherchait des survivants pour donner une voix aux victimes du tabac dans l’arène politique. Sa première action, en 2012, a été de participer à un coup d’éclat lors de la Journée mondiale sans tabac. « C’est une dame d’une belle apparence, qui s’exprime bien et surtout, qui sait de quoi elle parle », résume-t-il. Il avait vu juste.

Ses apparitions publiques sont toujours remarquées, qu’il s’agisse de ses interventions sur la colline parlementaire, à Québec, de son implication dans la campagne Sauvons plus de vies de la Société canadienne du cancer (SCC) – Division du Québec, ou d’une conférence devant l’Association pulmonaire du Québec. Chaque fois, son message va droit au coeur des députés, des journalistes ou du grand public.

Parmi ses dernières actions, mentionnons un témoignage en compagnie de la SCC, en commission parlementaire, au sujet de la révision de la Loi sur le tabac. En janvier, elle a aussi participé à la campagne La santé avant leurs profits!, qui visait à rappeler au gouvernement l’urgence d’agir.

Viser le gouvernement

Les produits du tabac aromatisés, les emballages attrayants, toutes ces stratégies qui contournent la législation actuelle dégoûtent Mme Bélanger. « J’ai peur pour ma petite-fille [de 13 ans] comme j’ai peur pour tous les enfants vulnérables au marketing sournois des compagnies de tabac. Alors, qu’attendent nos politiciens pour interdire ces pratiques? », a-t-elle demandé, la gorge nouée, en novembre dernier, dans une enième conférence de presse.

« Ce qui est affreux, c’est ce gouvernement supposé agir en bon père de famille qui ne nous protège pas. Il est encore plus coupable », explique la militante. Elle reprend donc les armes « alors que d’autres personnes reçoivent un diagnostic de cancer du poumon ». En attendant que Québec dépose un projet de loi.

C.S.