Unanimité en faveur d’une révision

Assemblee

Lucie Charlebois, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé
publique (debout sur la photo), a l’appui de toute l’Assemblée nationale pour réviser la Loi sur le tabac.

L’Assemblée nationale est unanime concernant le besoin de réviser la Loi sur le tabac. Pour s’assurer une révision à la hauteur des attentes, plus de 50 groupes de santé québécois réclament « 10 dans 10 » : un taux de tabagisme de 10 % dans 10 ans.

Alors que l’industrie du tabac ne cesse d’introduire de nouveaux produits et de nouveaux emballages, la Loi sur le tabac n’a pas été révisée depuis près de 10 ans. Résultat : le taux de tabagisme fait du surplace tandis que, chaque semaine, quelque 200 Québécois meurent des suites de leur usage du tabac. Cela coûte très cher au Québec. Le tabac cause notamment le tiers des cancers et représente le tiers des coûts liés aux journées d’hospitalisation. En tenant compte de ses coûts directs et indirects, le tabac grève le Québec de quatre milliards de dollars chaque année, calcule le Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies.

Heureusement, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer un renforcement de la Loi sur le tabac. Depuis son élection, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique, Lucie Charlebois, s’est engagée plusieurs fois à agir rapidement. De son côté, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, cet automne, une motion enjoignant au gouvernement de « réviser la Loi sur le tabac dans les plus brefs délais, et ce, dans le but d’éviter l’initiation au tabagisme et de réduire la prévalence du tabagisme. » Cela fait aussi plus d’un an que la Commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée nationale a déposé un rapport sur la mise en oeuvre de la Loi sur le tabac. Ce rapport recommandait notamment que la loi soit révisée afin que « la prévalence du tabagisme diminue; que la protection de la santé des enfants et des jeunes à l’exposition à la fumée soit améliorée; que la santé des non-fumeurs soit mieux protégée [et que] l’attrait des non-fumeurs pour les produits du tabac, en particulier les jeunes, se dissipe. »

Le grand public, enfin, approuve lui aussi une Loi sur le tabac plus sévère. Une pétition de la Société canadienne du cancer – Division du Québec (SCC) réclamant une révision de la loi a récolté pas moins de 55 000 signatures. À l’Assemblée nationale, une dizaine de députés ont déposé chacun quelques-unes de ces 55 000 signatures. À l’automne, Mme Charlebois leur a répondu. Elle a notamment reconnu que « le tabagisme constitue encore et toujours un problème de santé publique majeur » et que « de nouvelles mesures doivent être mises en œuvre. »

Philippe_Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard a beaucoup agi contre le tabac quand il était ministre de la Santé et
des Services sociaux.

Des mesures innovatrices, s’il vous plait!

« L’engagement de la ministre Charlebois à aller de l’avant est une excellente nouvelle,reconnaît la Dre Geneviève Bois, porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. Mais il faut aussi s’assurer que les mesures proposées seront à la hauteur du problème et correspondront aux meilleures pratiques. » En somme, lesgroupes de santé souhaitent que la révisionde Mme Charlebois soit aussi ambitieuse quecelle que Philippe Couillard avait menée en2005, alors qu’il était ministre de la Santé.La révision du Dr Couillard avait introduit denombreuses innovations, dont l’interdictiondu tabac dans les restaurants et les bars etla prohibition des étalages des produits dutabac dans les lieux de vente.

SignaturesLes groupes de santé réclament aujourd’hui au gouvernement quatre mesures d’envergure (présentées dans la pétition de la SCC) :

• l’interdiction de toutes les saveurs dans les produits du tabac – incluant le menthol;

• un moratoire sur tous les nouveaux produits;

• l’introduction de l’emballage neutre et standardisé;

• la réglementation de la cigarette électronique.

De nombreux autres organismes (dont la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac et le Directeur de santé publique de Montréal) réclament des mesures additionnelles. Mentionnons l’interdiction du tabac sur les terrasses des bars, des restaurants, des cafés ainsi que dans les terrains de jeux pour enfants et les véhicules qui transportent un ou des enfants.

Une ambition à la mesure du problème

« Interdire la consommation de tabac dans les véhicules où un enfant est présent est une mesure nécessaire, mais il s’agit essentiellement de rattrapage puisque toutes les provinces – sauf le Québec – l’ont déjà adoptée, rappelle Geneviève Bois. Une mesure plus innovatrice, qui aurait un impact important sur le tabagisme, est l’emballage neutre et standardisé. » Cedernier se présente comme un emballagedans une forme imposée, sans logo niaucune fioriture. Ce type d’emballagea été adopté par l’Australie il y a deux anset annoncé dans le plus récent plan de luttecontre le tabagisme en France (voir l’articleen page 14).

Des mesures aussi ambitieuses que l’emballage neutre ou un moratoire pourraient effrayer certains politiciens. « Mais leur mise en place est loin d’être impossible, insiste Geneviève Berteau, analyste des politiques, Questions d’intérêt public, à la SCC. En 2005, certains disaient qu’il serait impossible d’interdire le tabac dans les bars et les restaurants alors qu’aujourd’hui, personne ne reviendrait en arrière et que les catastrophes annoncées ne se sont pas avérées justes. » En somme, il faut être ambitieux et frapper fort, résume-t-elle. Parce que le tabac représente encore la première cause des maladies évitables et qu’il coûte très cher à la société.

Anick Perreault-Labelle

 

Pourcentage_de_fumeurs10 % de fumeurs d’ici 10 ans

On compte présentement un peu plus de 20 % de fumeurs parmi les Québécois. Cet automne, 52 groupes issus du milieu de la santé ont réclamé que le gouvernement se fixe comme objectif – ambitieux – de réduire ce taux à 10 % d’ici 10 ans. La campagne 10 dans 10 a été lancée à l’Assemblée nationale et fait l’objet de publicités pleine page dans plusieurs quotidiens québécois.

Les réactions à ce cri du cœur sont de bon augure. En effet, la campagne 10 dans 10 a recueilli l’appui des trois partis d’opposition : le Parti Québécois, la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire. « Le visage du tabagisme a changé, les menaces ne sont plus les mêmes », a expliqué par communiqué de presse le député de Québec solidaire Amir Khadir. Comme les stratégies de l’industrie du tabac ont évolué, les réponses des législateurs doivent évoluer aussi. Il est temps d’avancer « en se fixant des objectifs précis », a renchéri la députée péquiste Diane Lamarre. Pour elle, une prévalence de 10 % de fumeurs est un « premier pas ». Le député caquiste Sébastien Schneeberger, enfin, s’est dit d’accord avec l’objectif « ambitieux, mais réaliste » de baisser à 10 % d’ici dix ans le taux de tabagisme.