Questions à la ministre McLellan

La ministre de la Santé du Canada, Anne McLellan, est de nouveau l’objet d’interrogations concernant sa conduite du dossier du tabac. Vingt organismes de santé, représentant l’ensemble des groupes impliqués dans la lutte contre le tabagisme, ont publié dans The Globe and Mail et dans le Edmonton Journal du 28 mai, une annonce pleine page posant cinq questions précises à Mme McLellan. Ce ne sont plus seulement les deux chiens de garde de la lutte antitabac à Ottawa, l’Association pour les droits des non-fumeurs et Médecins pour un Canada sans fumée, qui s’inquiètent devant le bilan de la députée d’Edmonton West. Parmi la liste des signataires de l’annonce choc, on retrouve de fidèles partenaires de Santé Canada, dont la Société canadienne du cancer qui a défendu devant les tribunaux la Loi sur le tabac aux côtés du gouvernement, et le Conseil canadien pour le contrôle du tabac, qui présentait en décembre dernier un important congrès antitabac main dans la main avec le ministère.

Les questions posées très publiquement à la ministre de la santé abordent d’abord le dossier des cigarettes légères. « Depuis que vous êtes à la santé, cette réforme critique est dans une impasse. Pourquoi, madame la ministre ? », lit-on. Les groupes s’impatientent aussi devant la lenteur de Santé Canada à utiliser son pouvoir de réglementation, en particulier pour mettre fin aux étalages de cigarettes dans les points de vente. Ils dénoncent également la coupure de 13 millions $ au budget antitabac de Santé Canada.

La quatrième question à Mme McLellan est : « Pourquoi avez-vous affaibli le Comité consultatif ministériel ? » Ce groupe fut mis sur pied au printemps 2001 par l’ancien ministre de la Santé Allan Rock pour le conseiller en matière de lutte antitabac. Suivant la nomination de Mme McLellan en janvier 2002, le Comité fut bien moins actif. Tout récemment, à la mi-mai, quatre de ses quatorze membres ont d’ailleurs démissionné en bloc pour protester contre la diminution du mandat du Comité. Ces membres, parmi les plus actifs et crédibles en matière de contrôle du tabac, sont Heidi Rathjen de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, l’Albertain Les Hagen, de Action on Smoking and Health, Neil Collishaw, de Médecins pour un Canada sans fumée et Mary Jane Ashley, professeur de santé publique à l’Université de Toronto.

Enfin, l’annonce du 28 mai interpelle : « Madame la ministre, qu’avez-vous fait pour tenir l’industrie responsable des décès du tabac ? ». Selon les signataires, Santé Canada fait porter le tort des maladies du tabac sur les fumeurs, et non pas sur l’industrie. Ils voudraient que les campagnes médias ciblent davantage les fabricants, comme il est d’usage courant aux États-Unis.

Dans une entrevue au Globe and Mail, Anne McLellan n’a pas paru ébranlée par le message des vingt groupes de santé, dont la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac et le Conseil québécois sur le tabac et la santé. « Nous faisons davantage, dépensons plus et avons plus d’impact que jamais. Peut-être pas de la manière que préféreraient certains militants, mais nous faisons du bon travail », s’est-elle défendue.

D.C.