La Colombie-Britannique attaque sur plusieurs fronts

Le recours intenté par la Colombie-Britannique à la mi-novembre s’inscrit dans une politique beaucoup plus large de mesures antitabac, digne de cette province qui a une riche tradition de militantisme antitabac.

Sur le plan législatif, le gouvernement a fait adopter trois grandes lois depuis juin 1997 :

  • la Tobacco Damages and Health Care Costs Recovery Act (Loi sur le recouvrement des dommages et des coûts des soins de santé imputables au tabac) ;
  • la Tobacco Sales Amendment Act (Loi modifiant la Loi sur la vente du tabac), qui oblige les compagnies de tabac à divulguer les ingrédients des cigarettes et le contenu chimique précis de la fumée qu’elles dégagent ;
  • la Tobacco Fee Act (Loi imposant une redevance aux fabricants de produits du tabac), qui oblige les cigarettiers voulant faire affaire en Colombie-Britannique à payer un total de 20 millions $ par année pour financer des campagnes de prévention du tabagisme.

Cette dernière loi interdit aux cigarettiers de refiler la facture de 20 millions $ aux consommateurs de la province ; une hausse de prix aurait sans doute favorisé la contrebande en Colombie-Britannique, qui a résisté à la vague de baisse de taxes d’accises en 1994 et où les prix sont donc déjà environ deux fois plus élevés qu’au Québec.

Cet aspect de la loi a suscité beaucoup de protestations, non seulement de la part des fabricants, qui entendent la contester en cour, mais aussi de plusieurs éditorialistes. Les libéraux, qui forment l’opposition officielle à Victoria et qui tentent généralement de se faire remarquer le moins possible sur la question du tabac, se sont aussi objectés à ce contrôle de prix nécessitant, à leur avis, la mise sur pied d’une nouvelle bureaucratie.

Dernière innovation législative, qui ne manque pas de piquant : la ministre de la Santé, Penny Priddy, a annoncé récemment l’intention d’obliger les détaillants reconnus coupables d’avoir vendu du tabac aux mineurs à afficher publiquement ce fait. Cette mesure ouvrirait bien sûr la porte à un boycottage spontané des détaillants fautifs.

Beaucoup de sous

En plus de développer un nouveau cadre pour la mise en marché des cigarettes, le gouvernement a choisi d’investir immédiatement dans la prévention et la dénormalisation de l’industrie. On a donc commencé à mener des campagnes publicitaires qui frappent dur, reprenant des annonces qui ont déjà servi en Californie et au Massachussetts.

Le budget global de réduction du tabagisme est passé de 2 millions $ en 1997 à 5 millions $ en 1998, permettant d’augmenter aussi les services de cessation et la sensibilisation sanitaire dans les écoles.

Beaucoup de commentateurs ont cru voir dans toute cette activité gouvernementale une stratégie strictement politicienne : le NPD serait en train de s’en prendre publiquement à une industrie très mal vue pour tenter de faire oublier sa propre impopularité.

En effet, les sociaux-démocrates de la côte ouest ont arraché la victoire avec peine et misère aux dernières élections, et traînent de la patte dans les sondages depuis bien des mois ; taper sur un adversaire aussi honni que les compagnies de tabac pourrait aider à remotiver les troupes.

Mais Bob Broughton, président du regroupement antitabac Airspace à Vancouver, refuse d’y voir un simple stratagème politique. Plusieurs des initiatives annoncées par le gouvernement ne commenceront à porter fruit que dans quelques années, bien après les prochaines élections, signale-t-il ; c’est une indication de plus que la protection de la santé publique sous-tend réellement l’action du gouvernement.

À son avis, la stratégie des néo-démocrates risque d’avoir un autre effet à court terme : il s’attend à ce que les cigarettiers renflouent les caisses électorales du parti libéral. M. Broughton se dit d’ailleurs très inquiet du fait que l’industrie ait engagé un ancien conseiller du chef libéral pour gérer le nouveau bureau du Conseil des fabricants à Vancouver.

Petit détail cocasse : les employés du Conseil n’ont pas le droit de fumer au travail, puisqu’un règlement municipal de la Ville de Vancouver interdit l’usage du tabac en milieu de travail depuis 1986.

F.T.