Comment naît une loi?

JASP_logoLes changements législatifs demandent bien des efforts. Ils requièrent de la volonté politique, mais aussi la mobilisation des groupes qui défendent l’intérêt public. C’est ce qu’a expliqué Heidi Rathjen, cofondatrice et codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac (CQCT) aux 17es Journées annuelles de santé publique, tenues fin novembre, à Montréal.

 

 

Heidi et Jean
L’ex-ministre de la Santé, Jean Rochon et la codirectrice du CQCT, Heidi Rathjen, ont parlé du soutien nécessaire de la société civile à l’adoption d’une loi, lors d’une classe de maître présentée
aux 17es Journées annuelles de santé publique.

Un Conseil des ministres à convaincre

Mme Rathjen a exposé son point de vue lors d’une classe de maître qu’elle a coanimée avec l’ancien ministre de la Santé québécois, Jean Rochon. Dans la genèse de la première Loi sur le tabac, à la fin des années 1990, une partie de la bataille était gagnée d’avance puisque Jean Rochon n’avait pas à être convaincu : il était déjà motivé à légiférer contre le tabac. Il fallait cependant convaincre les autres députés, le Conseil des ministres et l’opposition. Et c’est là, entre autres, que la communauté médicale est entrée en scène. Premièrement, l’annonce d’une conférence de presse des pédiatres du CHU Sainte-Justine décriant l’inaction gouvernementale a fait trembler le bureau du premier ministre de l’époque, Lucien Bouchard. Voulant éviter une crise politico-médiatique, son chef de cabinet donne alors le feu vert à M. Rochon pour qu’il dépose son projet de loi. Devant cette victoire en coulisses, la conférence de presse est annulée in extremis.

Une opposition à convaincre

Restait à convaincre l’opposition. La CQCT mobilise des centaines de médecins afin qu’ils téléphonent à chacun des élus du Parti libéral du Québec et les somment d’appuyer le projet. Selon ceux qui étaient présents, les lignes téléphoniques n’ont pas dérougi de la journée. Le lendemain, l’opposition décidait de soutenir la loi, qui a finalement été adoptée à l’unanimité. De ses deux décennies de militantisme, Mme Rathjen retient au moins une leçon : « Rien ne bouge si les gens ne se font pas entendre. » C.S.