Lancement canadien du Zyban

Concurrence accrue sur le marché de la cessation

Par Francis Thompson

La vague du Zyban déferle maintenant sur le Canada et pourrait modifier profondément le marché des aides à la cessation.

La compagnie pharmaceutique Glaxo Wellcome a annoncé le 12 août que ce médicament, jusqu’ici prescrit uniquement comme antidépresseur sous le nom de marque Wellburin, est maintenant autorisé au pays pour traiter les symptômes du sevrage de la nicotine.

Contrairement aux gommes et aux timbres transdermiques, le Zyban ne contient pas de nicotine, ce qui semble contribuer grandement à sa popularité auprès des fumeurs qui tentent de briser leur dépendance. Aux États-Unis, où le médicament a été lancé en juillet 1997, il s’est emparé rapidement de plus de 50 % du marché des aides à la cessation. Il faut bien préciser que le Zyban n’est pas incompatible avec les autres traitements actuellement disponibles ; on peut très bien prendre de la nicotine en même temps que le médicament.

Cela veut dire aussi que le patient qui commence un traitement au Zyban peut continuer à fumer pendant quelque temps (environ une semaine). À mesure que l’action du Zyban commence à se faire sentir dans le cerveau, l’envie de fumer s’estompe, ce qui facilite évidemment le sevrage.

Pour le moment, on conseille aux médecins de prescrire le Zyban pendant sept à douze semaines, bien qu’on songe à en étudier l’utilisation plus prolongée.

L’efficacité du chlorhydrate de bupropion (nom générique du Zyban) comme aide à la cessation a été découverte par hasard, après la commercialisation du Wellburin. Plusieurs médecins ont rapporté que certains de leurs patients avaient cessé de fumer suite à la prise du Wellburin pour traiter une dépression. La cessation spontanée étant plutôt rare dans le cas du tabac, Glaxo Wellcome a fait enquête, pour en arriver à la conclusion que le Wellburin réduisait effectivement l’envie de la nicotine.

Tout comme la nicotine, ce médicament a un effet sur deux types de « circuits » dans le cerveau : ceux reliés à la dopamine (associée au bien-être), et ceux reliés à la noradrénaline (associée à l’enérgie et à la concentration). Chez le fumeur dépendant, des doses régulières de nicotine sont devenues nécessaires pour rétablir des niveaux ressentis comme normaux de ces deux substances.

En adoucissant le manque de dopamine et de noradrénaline, le Zyban soulage donc les symptômes de sevrage en s’attaquant à leur cause biologique.

Pas de miracles

L’accoutumance à la nicotine est un phénomène tellement puissant que les spécialistes en thérapies de cessation sont fort contents lorsqu’ils développent des traitements permettant d’atteindre des taux de réussite à un an de 20 %.

Dans le cas du Zyban, une étude commanditée par Glaxo Wellcome et publiée dans le prestigieux New England Journal of Medicine évalue à 23,1 % le taux ponctuel de réussite après un an chez des patients prenant 300 mg de Zyban par jour. (Les patients ayant reçu un placebo, mais qui ont eu accès au même programme de counselling, ont affiché un taux de réussite de 12,4 %.)

Une autre étude, qui sera publiée bientôt, évalue le taux d’abstinence continue après un an à 23 % pour le Zyban, 12 % pour les timbres de nicotine et 28 % pour la combinaison des deux. (Les patients recevant les traitements placebo ont eu un taux de réussite de 8 %.)

Bref, le Zyban n’est pas un remède miracle pour tous les fumeurs, mais incontestablement un nouvel outil fort important dans le traitement de l’accoutumance à la nicotine.

Effets secondaires, contre-indications et mises en garde

Chez environ un patient sur mille qui le reçoit comme antidépresseur, le buproprion provoque des convulsions. Ce problème semble plus rare chez les fumeurs qui le prennent comme aide à la cessation : sur 700 000 utilisateurs aux Etats-Unis, le fabricant n’a recensé que 29 cas de convulsions.

Le Zyban est contre-indiqué pour les patients souffrant de troubles convulsifs (épilepsie, etc.), d’anorexie ou de boulimie, ou qui prennent des inhibiteurs de la monoamine oxydase (MAO). D’autres médicaments, comme la théophylline et les stéroïdes systémiques, font l’objet de mises en garde du fait qu’ils abaissent le seuil de convulsions.

De plus, le Zyban est à déconseiller chez les patients qui ont souffert des traumatismes crâniens, qui consomment beaucoup d’alcool, qui sont dépendants à la cocaïne ou aux opiacés, ou qui viennent de réduire leur consommation d’alcool ou d’autres sédatifs. Il peut aussi poser problème dans le cas des diabétiques qui utilisent l’insuline ou des hypoglycémiants oraux.

L’insomnie est l’effet secondaire le plus fréquent du Zyban, et plusieurs patients se plaignent d’avoir la bouche très sèche.

Ligne de soutien

Glaxo Wellcome semble avoir tiré des leçons de l’introduction des timbres transdermiques, qui ont aussi été très bien accueillis par les fumeurs puis ont perdu de leur popularité, en partie à cause du manque de support psychologique donné aux patients.

Les patients recevant le Zyban auront accès à une ligne de soutien 24 heures par jour, et pourront donc parler à une infirmière lorsque leur état de manque atteindra un niveau critique, ou pourront être référé à un groupe d’entraide dans leur région.

Après la gomme de nicotine, annoncée de plus en plus à la télévision, et les timbres de nicotine, maintenant passés dans les mœurs, l’arrivée du Zyban confirme l’émergence d’un nouveau marché de la cessation, incitant les compagnies pharmaceutiques à investir de plus en plus dans le soutien aux patients.

Quelle que soit l’efficacité d’un traitement particulier, le battage médiatique (et publicitaire, dans le cas des gommes de nicotine en vente libre) autour des moyens de cessation transmet un autre message fort encourageant aux fumeurs : le sevrage est possible et réalisable.