La cigarette : un réel danger pour le système digestif

Fait peu connu, le tabagisme est un important facteur de risque des maladies du système digestif, telles que la maladie de Crohn, la pancréatite chronique et plusieurs cancers. Heureusement, il existe une façon d’éviter le pire : cesser de fumer.

« Chaque semaine, je vois des patients qui ont contracté des maladies du système digestif ou qui en ont aggravé les symptômes à cause de leur dépendance à la cigarette », souligne le Dr Nicolas Benoit, gastro-entérologue qui a pris part à la Semaine pour un Québec sans tabac, dont le thème cette année était les cancers digestifs. Parmi les maladies auxquelles fait fréquemment face le spécialiste, mentionnons la maladie de Crohn, la pancréatite chronique et plusieurs cancers, dont le cancer de l’œsophage, du pancréas, de l’estomac, du foie et du côlon.

Le tabac et la maladie de Crohn

La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin pouvant provoquer de l’irritation dans tout le tube digestif. Plus fréquente chez les fumeurs que les non-fumeurs, elle touche environ 130 000 Canadiens. Ses principaux symptômes sont loin d’être agréables : maux de ventre, diarrhées, sang dans les selles, nausées, vomissements, perte de poids, fièvre… « Des symptômes qui peuvent être extrêmement souffrants et handicapants au quotidien, à tel point que certains de mes patients doivent souvent s’absenter du travail », précise le Dr Benoit, qui est aussi le président du comité digestif de cancérologie du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est.

Bien que le tabac ne soit pas la cause de la maladie de Crohn, il est un facteur qui l’aggrave nettement. En effet, en augmentant l’inflammation, il intensifie notamment les symptômes et les complications de la maladie (soient des fistules, des abcès, des sténoses). « Parfois, les dommages sont si importants qu’il faut enlever une partie de l’intestin et du côlon pour créer un orifice artificiel (stomie). Les selles des patients sortent alors dans un sac… », note le gastro-entérologue.

En revanche, dès la première année d’arrêt tabagique, les patients peuvent observer des progrès dans leur état de santé. Il s’ensuit une diminution des visites à l’hôpital, des médicaments et des interventions chirurgicales et donc, une amélioration de leur qualité de vie.

Le tabac et la pancréatite chronique

La pancréatite chronique est une inflammation permanente du pancréas. Cet organe important contribue à la digestion de plusieurs nutriments (tels les lipides, glucides, etc.) tandis qu’il sécrète des substances essentielles à la régulation du métabolisme des sucres et à la stabilité de la glycémie. Dans la pancréatite chronique, le dysfonctionnement du pancréas entraîne des douleurs abdominales sévères, souvent accompagnées d’une perte de poids inexpliquée, d’indigestions fréquentes et de diarrhées graisseuses. « D’autres problèmes plus graves peuvent survenir, ajoute le Dr Benoit, tels que le diabète et un cancer du pancréas. »

La consommation chronique d’alcool et l’obésité sont des facteurs de risque bien connus de cette maladie qui touche plus de 300 000 Canadiens, tout comme l’est le tabagisme, présent dans plus de 80 % des cas. « D’où l’importance d’arrêter de fumer », souligne de nouveau le spécialiste.

Le tabac et les cancers digestifs

Outre la maladie de Crohn et la pancréatite chronique, le tabagisme augmente les risques de cancers digestifs, dont celui de l’œsophage, du pancréas, de l’estomac, du foie et du côlon. « Les cigarettes renferment des substances toxiques qui pénètrent les organes et provoquent des irritations locales, explique le Dr Benoit. Au fil du temps, ces irritations créent une inflammation qui peut aller jusqu’à dérégler le développement normal des cellules. Et quand il y a une multiplication anarchique de cellules anormales dans un organe, on parle de cancer. »

« Malheureusement, les cancers digestifs ont des symptômes peu visibles ou qui se manifestent tardivement, ajoute le gastro-entérologue. Par conséquent, ils sont difficiles à diagnostiquer, et leur taux de mortalité est élevé. » D’ailleurs, en 2020, la Société canadienne du cancer estimait qu’environ 2700 Canadiens et 2600 Canadiennes mourraient du cancer du pancréas. La SCC estimait également que, sur les 1850 Canadiens et 550 Canadiennes qui recevraient un diagnostic de cancer de l’œsophage, 1750 et 510 en succomberaient, respectivement.

Devant des taux de survie aussi faibles (soit environ 5 % pour le cancer du pancréas et 15 % pour le cancer de l’œsophage), le Dr Benoit persiste et signe : « Le tabagisme est un enjeu de santé publique majeur… et évitable! C’est pourquoi les professionnels de la santé et les médias doivent davantage informer les gens des liens entre le tabac et les maladies du système digestif ainsi que des différents services de cessation tabagique qui existent. Autrement dit, il faut faire plus de prévention auprès de la population afin que les fumeurs comprennent enfin qu’ils ont un remède très puissant entre leurs mains : l’arrêt tabagique. »

Catherine Courchesne