Unir la planète contre le tabac

En mars, la Conférence mondiale sur le tabac ou la santé a réuni des milliers de participants pour discuter des meilleurs moyens d’en finir avec le tabac.

Comportements de l’industrie, nouveaux produits, impact du tabagisme sur la santé ou l’économie : ce ne sont pas les dossiers qui manquent lorsque l’on aborde la première cause évitable de mortalité dans le monde. Les participants à 17e édition de la World Conference on Tobacco or Health (Conférence mondiale sur le tabac ou la santé) ont pu assister à une centaine d’ateliers et discuter de comment cerner et mettre fin à cette épidémie qui coûte presque deux billons de dollars à la planète chaque année.

C’est la première fois que cette rencontre triennale avait lieu sur le continent africain. Non seulement l’usage du tabac y est-il à la hausse, mais il favorise aussi la pauvreté. En effet, la tabaculture, courante en Afrique, est associée au travail des enfants, à l’insécurité alimentaire et à la dégradation environnementale. « J’ai assisté à toutes les éditions de cette Conférence depuis la première en 1970, sauf une, dans les années 1980 », dit Neil Collishaw, directeur de la recherche chez Médecins pour un Canada sans fumée. Ce vétéran a été encouragé par l’édition de 2018. « Il y a un changement dans les stratégies mises de l’avant, explique-t-il. Par exemple, la Finlande, l’Irlande, l’Écosse et la Nouvelle-Zélande réfléchissent à la façon d’atteindre un taux de tabagisme de moins de 5 %. Le Canada aussi, mais de façon moins soutenue. En Finlande, cet objectif est inscrit dans la loi. »

Pour la rédactrice en chef de Tobacco Control, Ruth Malone, une grosse part de la solution réside dans une réduction des pouvoirs économique et politique des cigarettiers. Bonne nouvelle : l’industrie du tabac est de plus en plus amenée à répondre de ses actes devant la cour, au Québec et ailleurs. Aux Pays-Bas, une avocate et une fumeuse atteinte d’un cancer du poumon ont déposé une plainte contre les multinationales du tabac pour « tentative de meurtre, tentative d’homicide involontaire et/ou tentative de mauvais traitements prémédités et/ou tentative de blessure préméditée » (notre traduction) . Les plaignantes ont été déboutées en première instance, mais elles se préparent à en appeler de cette décision, comme l’ont appris les délégués réunis en Afrique du Sud.

La Conférence a aussi vu le lancement de l’agence STOP (Stopping Tobacco Organizations and Products, ou Arrêt des entreprises du tabac et de leurs produits). Son objectif : mener une veille sur les comportements des cigarettiers, en particulier dans les pays en voie de développement, et diffuser cette information à grande échelle. Ce nouvel organisme, financé pour l’instant à hauteur de 20 M$ par Bloomberg Philanthropies, est aussi une réponse à la Foundation for a Smoke-Free World, un organisme de lutte contre le tabagisme qui recevra 1 G$ sur une période de 12 ans de… Philip Morris International.

La 6e édition de Tobacco Atlas a aussi été lancée lors de cette Conférence. Coproduit par l’American Cancer Society et Vital Strategies, cet atlas abondamment illustré aborde l’ensemble de la filière mondiale du tabac, depuis les champs des tabaculteurs jusqu’à l’élimination des mégots, en passant par le conditionnement, la vente et l’usage des produits du tabac. Le Canada y est mentionné à quelques reprises, notamment au sujet de son interdiction des produits du tabac mentholés, en 2017.

Enfin, les délégués de la Conférence ont adopté 11 recommandations. L’une d’elles soutient l’idée d’une génération sans tabac et s’engage à valoriser l’implication des jeunes dans son avènement. Une autre recommandation appelle les ministères des finances à assurer un financement stable pour la lutte contre le tabagisme et invite les gouvernements à développer un plan d’ici 2021 pour éliminer progressivement la vente de tabac. Pour mieux respirer et pour mieux vivre, partout.

Anick Labelle