Un plan global pour de meilleures habitudes de vie

Et si, pour favoriser la santé, on investissait dans les milieux de vie pour aider les citoyens à faire de meilleurs choix, dont une vie sans tabac? Telle est la solution que défend le Regroupement pour un Québec en santé (RQS).

Même avec de la bonne volonté, il est moins facile d’arrêter de fumer si le soutien à la cessation est plus ou moins facilement accessible, tout comme le transport actif n’est pas réellement une option lorsqu’il n’y a pas de rues où se déplacer de façon sécuritaire à pied ou à vélo. La solution à ce problème est toutefois simple et gagnante : investir maintenant dans des environnements favorables aux saines habitudes de vie afin de réduire les coûts de santé à long terme.

Comité exécutif du RQS

L’exécutif du Regroupement pour ‎un ‎Québec en santé est à son ‎image : ‎diversifié! De gauche à ‎droite : Mélanie Champagne ‎‎(Société ‎canadienne du cancer), Pierre ‎Lavoie ‎‎(qui pose avec l’équipe de ‎direction), Sylvie ‎Bernier ‎‎(ambassadrice des saines ‎habitudes de ‎vie), Claudine Labelle ‎‎(Fillactive), ‎Martin Juneau (Institut ‎de cardiologie ‎de Montréal) et Denis ‎Marion (Réseau ‎québécois de Villes ‎et Villages en ‎santé)‎.

Prévenir plutôt que guérir

Il est bien connu que prévenir les maladies coûte moins cher que les traiter. Pourtant, « alors que le système de santé québécois engloutit 50 pour cent du budget provincial, il investit moins de 3 pour cent de cet argent dans la prévention », dénonce Mélanie Champagne, directrice des questions d’intérêt public à la Société canadienne du cancer – Québec et membre du comité exécutif du Regroupement pour un Québec en santé (RQS). Cette insouciance a un prix : le tabagisme touche encore 18,6 pour cent des Québécois tandis que la sédentarité, le surpoids et certaines maladies chroniques sont devenus endémiques. Une situation inquiétante puisque, selon le RQS, le poids financier des principales maladies chroniques augmentera de 72 pour cent d’ici 2030, passant de 1,8 à 3,1 G$.

Favoriser les saines habitudes de vie

Pour renverser la tendance, le RQS reprend à son compte une idée gagnante : investir dans des environnements favorables aux saines habitudes de vie afin d’aider les individus à faire des choix favorables à leur santé. Le concept a déjà été développé et défendu par plusieurs groupes de santé, incluant l’Association pour la santé publique du Québec et Québec en Forme, entre autres. Grâce à une importante mobilisation, le RQS a obtenu le soutien de plus de 1100 organismes à travers le Québec dans ce dossier. Non seulement ceux-ci reconnaissent-ils l’impact social de la question, mais plusieurs d’entre eux étaient jusqu’alors généralement éloignés du dossier de la santé, comme les associations familiales et les organismes de développement économique. « Le temps n’est plus aux demi-mesures : la population souhaite être soutenue dans sa volonté d’adopter de saines habitudes de vie, et nous avons une responsabilité d’agir collectivement en ce sens, a affirmé par voie de communiqué Sylvie Bernier, championne olympique et membre du comité exécutif du RQS. Le 20e siècle a été celui de la Révolution tranquille, maintenant, c’est le temps d’une révolution active! »

Les investissements dans des environnements sains demandés par le RQS peuvent prendre de nombreuses formes : installation de fontaines d’eau dans les parcs, création de pistes cyclables sur les grands boulevards, ajout de menus santé dans plus d’écoles, campagnes soutenues sur la cessation tabagique, etc. « C’est le moment idéal pour soutenir les saines habitudes de vie, ajoute Mme Champagne, avec la mise en place de la Politique gouvernementale de prévention en santé, au Québec, et la création attendue de la Banque de l’infrastructure du Canada, avec un budget annoncé d’au moins 35 milliards. »

Taxer au bon endroit

Puisque l’augmentation du coût d’un produit permet d’en diminuer rapidement la consommation et que cette mesure s’avère efficace ailleurs dans le monde, le RQS propose aussi d’augmenter le prix de deux produits nocifs pour la santé : le tabac et les boissons gazeuses.

Images offertes gracieusement par le RQS.

Plus précisément, ce regroupement demande l’instauration d’une taxe sur les boissons gazeuses représentant 20 pour cent de leur coût total ainsi que l’augmentation de la taxe sur les produits du tabac. Augmenter les taxes sur le tabac à 70 pour cent du coût d’un paquet de cigarettes – comme le recommande l’Organisation mondiale de la Santé – permettrait d’amasser environ 2 G$ en cinq ans, peut-on lire dans le plaidoyer du RQS. Malheureusement, le dernier budget du Québec n’a pas fait ces choix qui auraient favorisé les saines habitudes de vie. « Rien ne l’empêche toutefois d’augmenter les taxes sur les produits du tabac à l’automne », note Mme Champagne.

Certes, le budget 2017-2018 du ministre Leitão a annoncé 20 M$ pour la mise en place d’environnements favorables à la santé. « Cette somme semble toutefois provenir du Fonds pour la promotion des saines habitudes de vie, dit Mme Champagne. Elle ne permettra donc pas d’effectuer les changements profonds et nécessaires dans les environnements. » Bref, il semblerait que le vieil adage voulant qu’il vaut mieux prévenir que guérir n’ait pas encore atteint les oreilles du gouvernement. Pour que le message soit entendu et compris, la mobilisation en faveur d’investissements favorables aux saines habitudes doit donc se poursuivre.

Anick Labelle