Les enfants d’immigrants apprennent à fumer jeunes, comme leurs camarades nés au pays

Traditionnellement, les gens qui ont immigré au Canada l’ont fait dans le but d’offrir une vie meilleure à leur famille. Or, une étude récemment publiée révèle que leurs enfants adoptent non seulement le pays, mais aussi un petit quelque chose que personne n’a demandé.

C’est souvent avec leurs amis que les jeunes immigrants apprennent à fumer …

Une recherche québécoise a voulu vérifier si ce que l’on appelle « l’effet de la bonne santé des immigrants » chez les sujets adultes, existe aussi chez les enfants.  La recherche a permis de constater que les enfants qui immigrent au Canada présentent un risque plus élevé de s’adonner au tabagisme qui croît avec la durée de leur résidence au Canada. Plus précisément, un jeune sur trois a « expérimenté » le tabac une fois qu’il a 12 ans.

« Nous avons constaté que le risque de fumer un jour était, respectivement, de 2,2 à 3,5 fois plus élevé chez les enfants [immigrants] qui vivaient depuis 6 à 10 ou 11 à 12 ans au Canada, comparativement à ceux qui y étaient depuis 5 ans ou moins », explique Jennifer O’Loughlin, professeure titulaire au Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal et auteure principale de l’étude.

« En fait, 28 % des enfants immigrants [inscrits en 6e année] qui vivaient depuis 11-12 ans au Canada avaient déjà fumé, ce qui s’apparente à la prévalence de 29 % notée chez leurs pairs nés au Canada de parents eux aussi nés au Canada. Il est assez manifeste que plus un jeune immigrant est depuis longtemps au Canada, plus il a de chances d’être fumeur. »

Ces constats sont importants, puisqu’on estime que 45 000 enfants d’âge scolaire suivent chaque année leurs parents pour immigrer au Canada.

Bienvenue au Canada

Contrairement à une opinion répandue, les familles d’immigrants qui arrivent au Canada sont généralement composées de personnes scolarisées et en santé. Elles doivent subir un examen médical pour que le Canada les accepte et, en règle générale, elles ne fument pas.

Cependant, bon nombre d’immigrants s’installent dans des quartiers regroupant des citoyens à faible revenu, où la préva­lence du tabagisme est plus élevée, explique la profes­seure Jennifer O’Loughlin.

« Pour se faire des amis, ces jeunes avaient l’impression qu’ils devaient se mettre à fumer. Ils se tenaient au coin de la rue après l’école et voyaient leurs amis s’en allumer une alors que, dans leur pays d’origine, on n’agissait pas ainsi. Compte tenu de ce qu’ils voyaient, les enfants immigrants nouvellement immigrés pensaient peut-être que le tabagisme était beaucoup plus répandu que dans la réalité, dit-elle. La tendance semble cependant faire en sorte que, au fil du temps, les immigrants adoptent nos mauvaises habitudes, que ce soit sur le plan de l’alimentation, de la sédentarité ou du tabagisme. En dix ans, ce que l’on appelle ‘l’effet de la bonne santé des immigrants’ devient chose du passé. »

L’étude

Jennifer O’Loughlin avec une collègue chercheuse de l’Université de Montréal et deux autres de l’Université McGill ont examiné environ 2000 enfants de 9 à 12 ans vivant à Montréal, immigrants eux-mêmes ou dont un parent n’est pas né au Canada.  Au fur et à mesure que le temps passe, la préva­lence du tabagisme chez les enfants immigrants rejoint celle des enfants nés au Québec. En comparaison, le taux de tabagisme parmi l’ensemble des enfants de 15 à 19 ans au Canada est de 14-15 % .

Le début d’un temps nouveau…

La professeure O’Loughlin signale que le tabagisme est en baisse au Canada depuis des années; il fait donc de moins en moins partie des normes sociales, ce qui, en soi, peut améliorer la donne.  « Il faut se rappeler que ces données remontent au début des années 1990, une époque où le tabagisme faisait beaucoup plus partie des normes sociales au Canada que maintenant; cependant, [afin d’améliorer la situation], il pourrait être utile de sensibiliser les familles d’immigrants nouvellement arrivées au Canada au fait que le tabagisme ne correspond pas à une norme, dans notre pays », fait remarquer la chercheuse.

Par Joe Strizzi