Les effets inattendus du tabac

Fumer du tabac produit quelque 7000 composés chimiques, dont plusieurs sont carcinogènes. Ces poisons ont plusieurs effets inattendus sur le corps des fumeurs et celui de leurs proches.

Aujourd’hui, à peu près tout le monde reconnaît que consommer du tabac décuple les risques de souffrir d’un cancer du poumon ou de subir un accident cardiovasculaire. Ses effets dévastateurs ne s’arrêtent cependant pas là. En effet, des études scientifiques montrent couramment que ce produit a bien d’autres effets néfastes.

Kristina Jackson et son équipe, par exemple, ont trouvé une corrélation entre la consommation de tabac et la pénibilité des lendemains de veille! Ces chercheurs américains ont suivi environ 115 étudiants pendant deux mois. Ceux qui accompagnaient leur boisson de cigarettes rapportaient le lendemain davantage de maux de tête, de nausées et de fatigue – même s’ils n’avaient pas bu plus que leurs camarades non-fumeurs, soulignent les chercheurs dans l’édition de janvier 2013 du Journal of studies on alcohol and drugs.

Il y a une corrélation entre la consommation de tabac et la pénibilité des lendemains de veille, selon le Journal of Studies on alcohol and drugs.

Il y a une corrélation entre la consommation de tabac et la pénibilité des lendemains de veille, selon le Journal of Studies on alcohol and drugs.

Asthme et artères vieillies

Le tabac affecte aussi les proches des fumeurs et, en premier lieu, leurs enfants. Une méta-analyse publiée en mars 2014 dans The Lancet l’a encore confirmé. Jasper Been et son équipe y démontrent
que l’adoption de lois interdisant l’usage du tabac au travail ou dans les lieux publics est corrélée à une baisse de 10 % des naissances prématurées ainsi que des hospitalisations des enfants pour cause d’asthme.

Bizarrement, les enfants dont les parents fument toussent aussi moins facilement. Paradoxalement, cela nuit à leur santé! C’est ce que concluent Paul M. Wise et ses collègues dans l’édition d’août 2012
de Nicotine & Tobacco Research. L’équipe américaine a fait inhaler à une quarantaine de jeunes de la capsaïcine, un composé actif des piments forts. Résultat : les enfants de parents fumeurs devaient respirer de la capsaïcine deux fois plus concentrée pour tousser. La fumée secondaire aurait diminué la sensibilité de leurs poumons aux irritants. Ces enfants étaient donc moins susceptibles de tousser pour évacuer les poussières et autres polluants pris dans leurs voies respiratoires. Malheureusement,
cela augmente à long terme leur risque de contracter une maladie respiratoire.

La fumée secondaire des parents qui fument affecte jusqu’aux artères de leurs enfants! Lorsque leurs deux parents fument, les enfants subissent un vieillissement prématuré de leur carotides, les artères
conduisant le sang de leur coeur à leur tête. C’est ce qu’écrivent Seana Gall et ses collègues dans l’édition du 4 mars 2014 de l’European Heart Journal. Plus précisément, la fumée secondaire épaissit l’intérieur de leurs carotides d’environ 0,15 mm – et ce, indépendamment du fait que ces enfants
fument eux-mêmes par la suite. Résultat : ces jeunes, une fois devenus adultes, risquent davantage de souffrir d’une maladie cardiovasculaire.

Maladies tabac

Le tabac affecte quasiment tous les organes du corps humain, selon le Surgeon General américain, c’est-à-dire l’autorité fédérale en matière de santé publique.

Malades d’une génération à l’autre

Le tabagisme affecte aussi le fonctionnement de nombreux gènes, écrivent Åsa Johansson et son collègue dans l’édition de décembre 2013 de Human Molecular Genetics. Plus précisément, fumer du tabac ajoute à l’ADN une portion de molécule nommée groupement méthyle. Cet ajout méthylique « enrichit » les chromosomes « de nombreuses fonctions biologiques et procédés moléculaires liés à des maladies », écrivent les chercheurs (notre traduction). Les fonctions biologiques affectées incluent notamment la fixation de l’insuline, la régulation du glucose et la différenciation des lymphocytes (un type de cellule associée au système immunitaire). Ces fonctions font défaut, entre autres, dans le diabète de type II et la répression du système immunitaire. « Nos résultats suggèrent que [ces effets du tabac] passeraient par des changements dans l’ADN. » (notre traduction)

Ces modifications ont parfois des conséquences à très long terme. Certains des changements génétiques dus au tabac se transmettraient d’une génération à l’autre! C’est notamment le cas pour un trouble de l’hyperactivité (TH) causé par une exposition prénatale à la nicotine. Pradeep G. Bhide et ses collègues l’ont démontré chez la souris dans une étude parue le 19 février 2014 dans le Journal of Neuroscience. « Certains changements dans le génome – causés par des drogues ou une expérience [de vie] – peuvent être permanents et transmis à votre descendance », explique le professeur dans
un communiqué de presse de son université (notre traduction).

John Torday et son équipe écrivent quant à eux dans l’édition d‘août 2013 de l’American Journal of Physiology – Lung Cellular and Molecular Physiology que les rates ayant consommé de la nicotine
pendant la gestation ont mis au monde des petits rats asthmatiques. Le plus surprenant? Les rejetons de ces petits rats risquaient davantage de souffrir à leur tour de la même pathologie! La santé de ses futurs petits-enfants serait donc une autre raison de ne pas succomber au tabac – ou de s’en libérer.

Anick Perreault-Labelle