Les bonnes pratiques pour prévenir le tabagisme en milieu scolaire

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a fait le point en 2014 sur les meilleures pratiques à adopter pour prévenir le tabagisme chez les jeunes en milieu scolaire. Compte rendu de sa synthèse de connaissances.

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Christine Demers, du CQTS, œuvre depuis 10 ans à prévenir tabagisme chez les jeunes.

Ils sont en pleine croissance, n’ont pas encore l’âge de voter et à peine celui de posséder un permis de conduire. Pourtant, bien des mineurs se laissent prendre au piège du tabagisme. En effet, 12 % des adolescents québécois – soit 12,6 % des garçons et 11,8 % des filles de la 6e année du primaire à la 5e secondaire – ont fumé un produit du tabac au cours des 30 derniers jours, rapporte l’Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire, 2013. Pour aider le milieu scolaire à résoudre à cette tragédie, l’INSPQ a publié l’an dernier une synthèse des connaissances sur la prévention du tabagisme en milieu scolaire. Cette publication de 65 pages s’appuie sur l’analyse de 22 études, essentiellement des méta-analyses et des revues. « C’est un outil extrêmement pratique pour nous, dit Christine Demers, chef de service de la prévention au Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS). Ce document de l’INSPQ synthétise des études importantes, ce qui nous aide à mettre sur pied et à promouvoir des activités prometteuses, et à diffuser les bonnes pratiques auprès de nos partenaires, comme les écoles et les organismes jeunesse. »

Plusieurs approches

L’INSPQ rappelle d’abord les nombreuses approches théoriques qui existent pour prévenir le tabagisme chez les adolescents. Parmi elles, mentionnons le modèle des compétences sociales, celui des influences sociales, celui des facteurs de risque ainsi que l’approche socioécologique.

Certains programmes fusionnent plusieurs de ces approches. L’Opération Fais-toi entendre!, par exemple, s’appuie à la fois sur les approches des compétences sociales et celle des influences sociales. Ce projet de prévention coordonné par le CQTS « amène les jeunes à modifier leur environnement en agissant contre le tabac à l’écran ou en faveur de l’emballage neutre, par exemple, explique Christine Demers. Grâce à ces activités, ils développent notamment leur sens critique par rapport à l’industrie du tabac ainsi qu’un argumentaire solide contre le tabagisme. »

Le modèle des facteurs de risque aborde plutôt simultanément plusieurs facteurs de risque, incluant l’inactivité physique, l’alcoolisme, les drogues et le tabagisme. Le programme École en santé, promu par l’INSPQ, en est un bon exemple. Celui-ci traite de manière globale et concertée de la santé, du bien-être et de la réussite scolaire des jeunes. Pour l’INSPQ, une telle approche multithématique est prometteuse, même si elle demeure encore peu étudiée.

Enfin, le modèle socioécologique aborde le tabagisme à la fois d’un point de vue individuel et socioéconomique. Par exemple, il traite de l’influence des pairs dans l’initiation au tabagisme tout en travaillant en parallèle au renforcement de la loi sur le tabac. Selon l’INSPQ, cette approche « fait consensus au sein de la communauté scientifique ». Par contre, peu de programmes l’utilisent, note l’organisme de recherche, tandis que l’implantation de ces derniers reste un défi.

Le programme La gang allumée : un pionnier au Québec

Au Québec, La gang allumée est le programme phare de la prévention du tabagisme chez les jeunes en milieu scolaire. Si la popularité de ses activités a fluctué depuis sa création, en 1995, l’intérêt des écoles et des maisons de jeunes semble toutefois établi, avec près de 500 projets organisés à travers le Québec en 2015-2016.

Les leaders de La gang allumée ont mené plusieurs actions d’envergure en 2015-2016. Sophie-Rose Desgagné, par exemple, a témoigné pour un renforcement de la Loi sur le tabac devant la Commission de la santé et des services sociaux. Sa prestation avait impressionné tous les élus qui étaient présents. À l’occasion de la Semaine pour un Québec sans tabac, les jeunes leaders ont aussi dévoilé la vidéo qu’ils avaient réalisée pour souligner l’adoption de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. Ils ont aussi lancé à la même occasion un compte à rebours vers 0 % de jeunes fumeurs d’ici 2025 au Québec.

Les ingrédients gagnants d’une intervention réussie

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En milieu scolaire, les bons programmes de prévention du tabagisme sont interactifs, invitent les élèves à participer à la création de l’activité et s’adressent principalement aux jeunes qui débutent leur secondaire.

Au-delà des différentes approches théoriques, l’INSPQ note que certains ingrédients favorisent l’efficacité de tous les programmes de prévention du tabagisme en milieu scolaire. L’un d’eux est l’expression et l’implication des élèves. « On retient beaucoup plus facilement une information quand on la réutilise à sa façon à l’aide de jeux de rôles, de débats ou d’une création artistique », dit Mme Demers. La contribution des élèves à la création de l’activité joue aussi un rôle positif. Cela aura encore un plus grand impact si les intervenants s’assurent que ces jeunes organisateurs ont été choisis par leurs pairs, communiquent régulièrement avec les responsables du programme, ont été formés à l’externe et peuvent décider, dans une certaine mesure, quand et comment l’activité aura lieu.

Un intervenant adulte adéquatement formé est un autre ingrédient gagnant. En effet, certains adultes croient encore que fumer contribue à diminuer le stress ou qu’il est impossible d’aborder la question du tabagisme avec des jeunes s’ils sont eux-mêmes fumeurs. C’est pourquoi le soutien d’un professionnel de la santé, sans être essentiel, peut être utile, surtout lorsque l’enseignant se sent mal outillé pour parler de cette question. Les interventions intensives sont plus efficaces, c’est-à-dire si elles sont programmées sur quelques semaines plutôt que réparties sur l’ensemble de l’année. Enfin, l’INSPQ note que les projets avec le plus d’impact sont ceux qui s’adressent aux élèves en début de secondaire et qui proposent des activités de rappels pour les élèves plus âgés.

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Programme phare de la prévention du tabagisme chez les jeunes, La gang allumée invite les jeunes à organiser, et participer à de nombreuses activités sur les méfaits du tabagisme.

Ce qui a changé depuis 2004

Cette nouvelle publication de l’INSPQ est une mise à jour d’une recension des écrits publiée en 2004. « Le document de 2014 apporte des précisions et des nuances qui seront utiles sur le terrain, dit Christine Demers, qui œuvre depuis 10 ans dans la prévention du tabagisme chez les jeunes. En 2004, par exemple, l’INSPQ trouvait prometteur de laisser les adolescents codiriger, voire cocréer les activités; cette année, il précise que cela aura encore plus d’impact si ces jeunes sont choisis par leurs pairs. » De même, cette nouvelle publication souligne l’importance de former les adultes qui interviennent auprès des jeunes. ‎« On forme le plus possible les intervenants et, à ceux qu’on n’arrive pas à joindre, on fournit au moins des fiches informatives faciles à utiliser », dit Mme Demers. Les conditions gagnantes d’un engagement parental ont aussi été clarifiées, ajoute-t-elle. « Pour que ce soit utile, les parents doivent être pleinement engagés dans le projet : leur envoyer un simple feuillet d’information n’ajoute pas grand-chose », résume la chef de service du CQTS.

Grâce à cette synthèse, Christine Demers est aussi en mesure de dégager quels thèmes privilégier dans ses interventions auprès des jeunes, ce qui l’aide à en clarifier les objectifs. Parmi les thèmes qu’elle a repérés, mentionnons :

  • le développement d’habiletés pour faire face à la pression sociale et médiatique ‎associée à la consommation de tabac;
  • ‎les influences;
  • les avantages d’adopter de saines habitudes de vie;
  • la démystification de la dépendance au tabac;
  • le développement de compétences.

Enfin, l’INSPQ note que les programmes en ligne ont gagné en popularité depuis 2004. S’ils ont l’avantage d’être moins exigeants en termes de ressources et d’offrir un certain anonymat aux participants, leur efficacité reste à démontrer. Rendez-vous à la prochaine recension des connaissances!

Anick Labelle