Les 20 ans du Défi J’arrête, j’y gagne!

L’année 2019 marquera les 20 ans du Défi J’arrête, j’y gagne!, une campagne de santé publique annuelle qui invite, avec succès, les Québécois à ne pas fumer pendant six semaines.

Le Défi 2019 insistera sur la capacité des fumeurs à cesser de fumer.

« Le Défi, c’est l’une de mes plus grandes fiertés professionnelles!, dit d’emblée Louise Labrie, conseillère en promotion de la santé à la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal. Depuis 20 ans, cette campagne aide chaque année des milliers de fumeurs à se libérer du tabac. C’est rare, une telle longévité en santé publique! » C’est d’elle qu’est venue l’idée d’organiser le Défi, bien que celui-ci soit réalisé par Capsana depuis le début. Prédécesseur des services J’ARRÊTE, et quasiment concomitant avec la première Loi sur le tabac du Québec, le Défi s’est non seulement renouvelé au fil des ans, mais il demeurera vraisemblablement pertinent longtemps.

Une idée inspirée de l’Organisation mondiale de la Santé

Geneviève Guérard a été porte-parole du Défi de 2006 à 2008. On la voit ici en compagnie de Louise Labrie, l’instigatrice du Défi au Québec.

Le Défi s’est inspiré de Quit & Win, une campagne de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), lancée en 1994, qui a été reprise à travers le monde au fil des ans. Cette campagne de l’OMS, organisée autrefois dans plus 80 pays, permettait aux fumeurs de gagner des prix s’ils ne fumaient pas pendant au moins quelques semaines. Louise Labrie a découvert ce défi à Beijing, en 1997, à l’occasion de la 10e Conférence mondiale sur le tabac et la santé. Revenue au Québec, elle a entamé avec enthousiasme les démarches pour importer cette campagne ici. Elle est d’abord entrée en contact avec le DLouis Gagnon, fondateur d’ACTI-MENU (aujourd’hui Capsana), une organisation à vocation sociale dont les moyens permettaient la création d’une telle initiative. L’équipe de Capsana et Louise Labrie sont arrivées à convaincre les DRSP de l’ensemble du Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que Santé Canada du bien-fondé de l’idée. « Le fait que la campagne venait de l’OMS, qu’elle correspondait aux bonnes pratiques et qu’on pouvait l’adapter au Québec ont été des arguments déterminants », se souvient Mme Labrie.

La bonne humeur régnait à la cérémonie de clôture du 11e Défi J’arrête, j’y gagne! On reconnaît ici l’humoriste José Gaudet, porte-parole de l’époque, le Dr Louis Gagnon, coprésident et fondateur d’ACTI-MENU (aujourd’hui Capsana), et la Dre Marie Rochette, qui était au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec en 2010.

Depuis la première édition du Défi en 2000, presque 450 000 fumeurs s’y sont inscrits, s’engageant sur l’honneur à ne pas fumer pendant six semaines. « Les premières années, il était impossible de s’inscrire en ligne, se rappelle Louise Labrie; les gens utilisaient donc des coupons publiés dans les journaux ou offerts dans les cliniques ou les pharmacies. » Elle conserve un souvenir vivide des dizaines de milliers de coupons triés et traités à la main, avec l’aide des personnes atteintes du cancer qui résidaient à la Maison Jacques-Cantin de la Société canadienne du cancer. Elle se rappelle aussi avec plaisir la Coupe des régions : un concours, mené pendant plusieurs années, qui récompensait la région ayant obtenu le plus d’inscriptions au Défi au prorata de sa population. « Les communautés tissées serrées du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de l’Abitibi-Témiscamingue ont remporté plusieurs fois la mise! » dit Louise Labrie.

Un message positif et du soutien pour les fumeurs

Au-delà de sa logistique, l’esprit et le message du Défi se veulent positifs et non moralisateurs depuis le début. « On ne voulait pas blâmer les fumeurs, mais les soutenir dans leurs efforts pour se libérer du tabac », dit Louise Labrie. C’est pourquoi dès l’année de leur création, en 2002, les services J’ARRÊTE ont été intégrés à toutes les communications de Capsana au sujet du Défi. En 2002, les participants ont également bénéficié d’un forum de discussion en ligne. À leur demande, ce forum a été rapidement maintenu toute l’année. « Certains participants s’engageaient dans le défi d’une vie sans tabac et souhaitaient poursuivre les échanges », explique Nathalie Vadnais, directrice, Campagnes sociétales et partenariats chez Capsana.

Du soutien additionnel s’est ajouté au fil des ans. Par exemple, la page Facebook du Défi est née en 2010. « Aujourd’hui, nous avons presque 27 000 abonnés et ils sont très engagés », se réjouit Nathalie Vadnais. Témoignages, conseils, encouragements : les participants et ex-participants qui y interagissent font preuve d’une grande entraide et de beaucoup d’empathie. Aujourd’hui, cette page est animée toute l’année et propose même, à l’occasion, des conférences en direct sur les techniques de relaxation ou des exercices à faire à la maison, par exemple.

En 2011, pour mieux répondre aux besoins des fumeurs, les règlements du Défi subissent une modification majeure : il est désormais possible de s’inscrire seul ou avec un autre fumeur plutôt qu’uniquement avec un parrain non-fumeur. La première année, cette initiative a augmenté les inscriptions de 47 %! Toujours en 2011, Capsana a ajouté sur defitabac.ca un dossier personnel pour chacun des participants. Encore aujourd’hui, ce journal de bord leur permet de noter leurs motivations et leurs émotions, et de suivre leurs progrès en calculant les cigarettes non fumées ou les sommes économisées. Mentionnons aussi l’application SOS Défi qui, depuis 2014, permet aux participants de recevoir des messages d’encouragement de la part de leurs proches. À l’heure actuelle, enfin, les participants qui le souhaitent peuvent recevoir jusqu’à 27 courriels d’encouragement au cours de l’année.

Des résultats probants

En fin de compte, ça marche : bon an, mal an, jusqu’aux trois quarts des participants arrivent à ne pas fumer pendant six semaines. « C’est encourageant, sachant que cela multiplie par six leurs chances de se libérer définitivement du tabac », rappelle Nathalie Vadnais. Encore mieux : un an plus tard, environ 20 % de ces participants sont toujours non-fumeurs. Il s’agit d’un excellent taux de succès pour ce genre d’intervention. Selon Capsana, plusieurs éléments expliquent cette performance : une date, qui incite à passer à l’action; un objectif de six semaines, qui paraît atteignable; la force du groupe, qui entretient la motivation ainsi que les nombreuses formes de soutien gratuites offertes aux participants. Sans oublier, bien sûr, que la majorité des fumeurs veulent cesser de fumer.

C’est pour toutes ces raisons que le Défi a été intégré au Plan québécois de lutte contre le tabagisme 2006-2010 du gouvernement provincial. Le bilan 10 ans de Défi J’arrête, j’y gagne!, publié en 2011, confirme la pertinence de cette campagne, la qualifiant de « populaire, efficace, et répondant à un besoin ». En effet, bien que seulement 1 à 2 % des fumeurs s’y inscrivent chaque année, le Défi « offre un très bon potentiel pour rejoindre les fumeurs » et leur donner « de l’information relativement à l’ensemble des aides et services en matière de cessation tabagique offerts au Québec. » Sans compter qu’il « permet de rejoindre une clientèle plus jeune (fumeurs âgés de 35 ans et moins) parmi lesquelles le taux de tabagisme est le plus élevé. »

Dès janvier 2019, il sera possible de s’inscrire à la 20édition du Défi, qui se déroulera du 4 février au 17 mars 2019. Comme l’an dernier, Capsana déploiera des efforts particuliers pour joindre les 18-24 ans. Une déclinaison de campagne leur sera spécifiquement destinée. Celle-ci inclura notamment une page Web, des influenceurs sociaux et la mise en valeur du SMAT, un service de soutien à la cessation par textos de la Société canadienne du cancer. Ce faisant, le Défi collera à l’une des priorités du milieu de la santé québécois : consacrer davantage d’attention aux jeunes adultes qui fument. Histoire de contribuer à créer un Québec sans fumée.

Anick Labelle