L’AQDA à la rescousse du menthol

En vue de la période de consultation sur le projet de loi n° 44, la Loi visant à renforcer la lutte contre le tabagisme, un des alliés notoires de l’industrie du tabac se porte à la défense du menthol. L’Association québécoise des dépanneurs en alimentation (AQDA) tente de convaincre les élus d’exclure le menthol de ce projet de loi visant entre autres à interdire l’aromatisation des produits du tabac. S’appuyant sur les mêmes arguments fallacieux depuis des années, l’AQDA invoque encore et toujours la contrebande, la taxation élevée et certaines comparaisons douteuses comme excuses pour renforcer l’immobilisme législatif.

brochure_menthol_final-1-wDans son livret adressé aux élus, l’association prétend que « les plus récentes hausses de taxes (…) font craindre une résurgence beaucoup plus importante [de la contrebande]. » En fait, celle-ci est plutôt restée stable (autour de 15 %) depuis 2011, selon le ministère des Finances du Québec. Mentionnons aussi que rien n’empêche le Québec de lutter contre la contrebande tout en interdisant les saveurs dans les produits du tabac. C’est même la solution la plus efficace.

Pour protéger son produit aromatisé de prédilection, l’AQDA tente de faire croire que, selon des « recherches récentes », « [la saveur mentholée] est recherchée par une clientèle adulte et plus âgée ». Ces recherches sont en fait une étude controversée basée sur l’étude de mégots de cigarettes. En réalité, au Canada, seulement un fumeur adulte sur 20 est intéressé par le tabac mentholé, contre un jeune fumeur sur trois, rapporte le très sérieux Centre pour l’avancement de la santé des populations Propel de l’Université de Waterloo dans un dossier sur le tabac aromatisé.

L’AQDA est la branche québécoise d’un organisme pancanadien, l’Association canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA). Considérant que cet organisme refuse toujours de dévoiler ses sources de financement, il est soupçonné d’être un pantin de l’industrie du tabac. Bien que l’AQDA positionne ses membres comme des « dépanneurs socialement responsables », « partenaires à 100 % des gouvernements », il n’en est rien. Au Québec, environ 20 % des détaillants vendent encore des produits du tabac aux mineurs. Il apparaît donc assez clair que l’AQDA-ACDA a pour objectif la promotion des intérêts des dépanneurs et des compagnies de tabac, mais certainement pas l’intérêt ni la santé du grand public.

Jean-Martin Bailly