E-cigarette : une technologie prometteuse ou dangereuse?

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Alors que la popularité des e-cigarettes monte en flèche, deux études québécoises font planer des doutes sur leur sécurité. La solution : un meilleur encadrement.

Ce n’est pas pour rien que la cigarette électronique, ou e-cigarette, plait : ce gadget techno promet une vapeur aromatisée donnant la sensation de la nicotine sans les inconvénients de la fumée ni du goudron. Les e-cigarettes sont d’autant plus tentantes que de nombreuses stars les ont adoptées, de Catherine Deneuve à Carla Bruni. Résultat : les ventes mondiales du bidule ont quasiment doublé entre 2012 et 2013 pour atteindre près de deux milliards de dollars, estime Citigroup.

Un gadget controversé

Certains voient dans l’e-cigarette un engin sans danger, voire un outil pour aider les fumeurs à se défaire de leur dépendance au tabac (voir l’encadré « Une aide à l’arrêt tabagique ».). Mais plusieurs s’inquiètent de l’absence de normes ou d’encadrement entourant l’engin. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), par exemple, note que les propriétés et les effets à long terme de l’e-cigarette demeurent inconnus. Pire : en « renormalisant » le tabagisme, ce gadget pourrait favoriser l’initiation des jeunes, tentés par la suite de faire le saut vers les « vrais » produits du tabac. Le prestigieux magazine scientifique Nature a bien résumé le débat autour de ce nouveau produit : « les cigarettes électroniques pourraient sauver la vie de millions de fumeurs ou mettre des millions de non-fumeurs sur la voie de la dépendance à la nicotine. » [notre traduction]

24% des fumeurs de 18-24 ans ont utilisé une e-cigarette au cours de la dernière année.

La réalité se situe quelque part entre ces deux extrêmes. Certes, l’e-cigarette aide certains fumeurs à se libérer de la cigarette conventionnelle (voir encadré), mais elle attire aussi des non-fumeurs, des fumeurs qui souhaitent continuer à fumer et – malheureusement – des jeunes. Ving-quatre pour cent des fumeurs de 18 à 24 ans ont utilisé une e-cigarette au cours de la dernière année, contre « seulement » 9 % de tous les adultes québécois, montre un sondage de la Société canadienne du cancer – Division du Québec (SCC) mené à l’été 2013. Pire : 60 % de ces jeunes usagers ont utilisé l’e-cigarette par plaisir ou par curiosité. La tendance est la même aux États-Unis : 10 % des étudiants du secondaire ont essayé ce gadget en 2012, contre 4,7 % en 2011, selon les Centers for Disease Control and Prevention américains.

Un produit mal connu

Ceux qui défendent les e-cigarettes rappellent qu’elles sont beaucoup moins nocives que les cigarettes régulières. C’est vrai : elles émettent de 9 à 450 fois moins de métaux lourds et de nitrosamines que le tabac traditionnel, rapporte une étude de Maciej L. Goniewicz et son équipe parue dans Tobacco Control.

Cependant, un produit moins nocif qu’un autre n’est pas nécessairement sans danger. D’autant plus que les usagers des e-cigarettes (baptisés vapoteurs) ne savent pas réellement à quoi ils s’exposent. « L’absence de standardisation dans la composition des produits et le dispositif utilisé empêchent toute estimation valide du risque d’effets sur la santé », estime l’INSPQ dans La cigarette électronique : état de situation, rendu public en septembre.

« Personne ne connaît la composition exacte des cigarettes électroniques, renchérit Gaëlle Fedida, directrice par intérim, Questions d’intérêt public à la SCC. Les fabricants et les distributeurs allèguent qu’elles ne contiennent aucune trace de nicotine, mais c’est faux. » C’est ce que démontrent des tests effectués en laboratoire par l’Université de Montréal, à la demande de la SCC. Sur les 13 e-cigarettes achetées dans des dépanneurs, à Montréal, ou en ligne, neuf ne contenaient pas les doses de nicotine qu’elles affichaient alors que certaines se disaient sans nicotine alors qu’elles en contenaient! Une étude citée dans le rapport de l’INSPQ va dans le même sens. Selon cette dernière, trois e-cigarettes d’une même marque, toutes étiquetées à 0 milligramme (mg) de nicotine, en contenaient en réalité 0,07 mg, 12,90 mg et 21,80 mg. Ces inexactitudes pourraient être problématiques, voire funestes, sachant que la nicotine entraîne une dépendance et est toxique à fortes doses.

Une aide à l’arrêt tabagique

L’e-cigarette avec nicotine reste illégale au Canada. Pourtant, certains professionnels de la santé l’utilisent dans leur clinique; par exemple, le Dr Martin Juneau qui dirige le Département de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM). Depuis quelques mois, le cardiologue a deux modèles d’e-cigarette en démonstration dans son bureau. « Je conseille cette technologie aux fumeurs pour qui les autres thérapies de remplacement de la nicotine ont échoué, dit-il. Seule l’e-cigarette délivre aussi rapidement de la nicotine au cerveau tout en reproduisant le geste du fumeur. » Pour le Dr Juneau, l’e-cigarette est un outil de la dernière chance à utiliser dans le cadre d’un programme de counseling donné par un professionnel de la santé.

Le gadget est aussi effi cace que les timbres, rapportent Christopher Bullen et son équipe dans The Lancet. Dans cette étude, 650 fumeurs qui voulaient se libérer du tabac ont reçu l’une des trois choses suivantes : une e-cigarette avec nicotine, des timbres transdermiques ou une e-cigarette sans nicotine. Six mois plus tard, respectivement 7 %, 6 % et 4 % d’entre eux avaient réussi à se libérer du tabac. Enfin, Pasquale Caponnetto et son équipe ont proposé des e-cigarettes avec et sans nicotine à 300 fumeurs qui ne voulaient pas cesser de fumer. Un an plus tard, 8,7 % d’entre eux s’étaient libérés de la cigarette traditionnelle, rapportent les chercheurs dans Plos One.

Inquiétantes vapeurs?

La même imprécision entoure les vapeurs qu’exhalent les vapoteurs. Une analyse du magazine français 60 millions de consommateurs montre qu’elles contiennent des traces de composés potentiellement carcinogènes dont du formaldéhyde, de l’acroléine et des métaux lourds. Certes, il s’agit de traces et de quantités bien moindres que celles provenant d’une cigarette traditionnelle. Mais tout dépend des e-cigarettes, certaines en rejetant jusqu’à 10 fois plus que d’autres!

Enfin, l’ingrédient principal des e-cigarettes est le propylène glycol. Il s’agit d’un ingrédient courant dans les aliments et les médicaments. Mais personne ne connaît son effet sur la santé lorsqu’on l’aspire régulièrement. Il ne faut pas oublier, en dernier lieu, que l’e-cigarette est un produit électronique et qu’à ce titre, elle n’est pas à l’abri d’un court-circuit. D’ailleurs, quelques cas de feu et d’explosion ont déjà été recensés… En somme, personne ne sait si l’e-cigarette remplit réellement ses promesses de gadget sans danger qui pourrait soutenir l’arrêt tabagique. Pour s’en assurer, il n’y a qu’une solution : le tester et l’encadrer!

Comment réglementer l’e-cigarette?

Au Canada, les cigarettes électroniques sont assujetties à la Loi sur les aliments et drogues. Même si celle-ci interdit les modèles avec nicotine, plusieurs magasins et sites Web en vendent ouvertement.

Au Québec, à peu près tous les groupes prosanté réclament que tous les modèles d’e-cigarette soient encadrés par la Loi sur le tabac. En clair : qu’il soit interdit de les vendre aux mineurs, de les utiliser dans les endroits où la cigarette est prohibée et d’en faire l’objet d’une publicité trompeuse (de type style de vie ou visant les jeunes). Cependant, « il ne faudrait pas que les fumeurs souhaitant se libérer du tabac aient moins facilement accès aux e-cigarettes qu’aux autres produits du tabac, estime le Dr Martin Juneau, cardiologue. Par contre, il faut s’assurer que celles-ci ne soient pas vendues n’importe où parce que ce sont des produits complexes qu’on doit apprendre à utiliser. » Concrètement, les vapoteurs doivent notamment être en mesure de choisir leur dose de nicotine et d’en connaître la toxicité.

 

Fonctionnement d’une e-cigarette

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La cigarette électronique est habituellement composée de trois parties. L’inhalateur contient « l’e-liquide » : un mélange de propylène glycol, de saveur et, le cas échéant, de nicotine. L’atomiseur et la batterie chauffent ce liquide et le transforment en une vapeur qu’aspire le vapoteur.