Centres jeunesse de l’Outaouais sans fumée à partir du 1er mai

Ce n’est plus à démontrer : la marginalité sociale et le tabagisme vont souvent de pair. La sous-scolarisation, l’incarcération, les difficultés psychiatriques, la pauvreté et le chômage sont tous corrélés avec l’usage du tabac, bien que ce soit difficile de démêler les liens de causalité entre ces différents facteurs.

Il ne faut donc pas s’étonner de retrouver un pourcentage très important de fumeurs dans les maisons de jeunes, qui hébergent à la fois les jeunes contrevenants et les adolescents qui ont été placés sous la garde des services sociaux pour une raison ou pour une autre. En fait, ceux qui travaillent dans le milieu affirment que les non-fumeurs sont rarissimes parmi cette clientèle ; les quelques exceptions à l’arrivée se mettent généralement à fumer comme leurs camarades après un certain temps.

Ce triste constat a été fait il y a six ou sept ans dans les Centres jeunesse de l’Outaouais, qui hébergent une centaine de jeunes, dont environ 24 en « milieu sécuritaire » (c’est-à-dire de jeunes contrevenants). On a alors décidé de mettre fin au moins à la vente de cigarettes aux mineurs à l’intérieur de l’établissement, pratique illégale mais encore assez répandue au Québec. On a aussi désigné des fumoirs, sans ventilation séparée, pour réduire quelque peu l’inconfort pour les non-fumeurs – car il y en a tout de même plusieurs, surtout chez les membres du personnel. Au siège social, les fumeurs gardaient le droit de fumer dans leurs propres bureaux, dans la mesure où ils en fermaient les portes.

Ce faisant, on était loin d’avoir réglé les problèmes de santé liés à l’exposition à la fumée de tabac dans l’environnement (FTE), et on n’avait pas fait grand-chose pour combattre le tabagisme juvénile. Mais il a fallu attendre l’été 1997 pour qu’un noyau d’employés non-fumeurs, en collaboration avec la direction, décide de s’organiser et d’exiger un milieu de travail sans fumée.

Les employés ont fait appel à Gabrielle Gagnon, chef du service de santé et de sécurité au travail, qui se préoccupait depuis plusieurs années du niveau de tabagisme dans les Centres jeunesse et aussi de ses effets sur la santé des non-fumeurs.

La suite de l’histoire pourrait figurer telle quelle dans un manuel sur les stratégies à adopter pour implanter en douceur des politiques d’espaces sans fumée. Avec l’aide de la Régie régionale, du programme Poumons roses, de l’Association pulmonaire et de la Société canadienne du cancer, ils ont réussi à convaincre à peu près tout le monde de la pertinence d’interdire l’usage du tabac à l’intérieur. Du comité paritaire de SST au comité de gestion et des Centres, en passant par le conseil d’administration et les quatre syndicats en présence, tout le monde a embarqué – en particulier les fumeurs.

« Le personnel est très positif, raconte Mme Gagnon. Plusieurs disent que de toute façon ils fument beaucoup moins à la maison ; la nouvelle politique va les aider à fumer moins pendant les heures de travail. »

Cette année, on a profité de la Semaine de la santé et de la sécurité au travail pour annoncer à tout le monde que les employés n’auraient plus le droit de fumer à l’intérieur à partir du 1er mars ; la mesure s’étend aux jeunes à partir du 1er mai. Mme Gagnon a ramassé de la documentation sur la cessation pour les fumeurs intéressés à renoncer entièrement au tabac, et négocie actuellement pour que les employés qui veulent s’en prévaloir aient accès à un programme de cessation dont les frais seraient assumés par l’employeur.

Il reste bien sûr à voir comment réagiront les jeunes, qui conserveront le droit d’aller fumer à l’extérieur. Pour ceux en milieu sécuritaire, on prévoit quatre pauses-cigarettes par jour, ce qui signifie pour plusieurs une réduction de leur consommation. Mais les activités de sensibilisation auprès des jeunes sont déjà commencées, et les échos sont jusqu’ici positifs.

Il semblerait que les Centres jeunesse de l’Outaouais soient les premiers établissements au Québec de leur genre à bannir entièrement l’usage du tabac à l’intérieur. À en juger par les demandes de renseignements reçues par Mme Gagnon, il y a de fortes chances que d’autres maisons de jeunes emboîtent le pas.

F.T.